A.G. ANACR 47 2015 transmission de la Mémoire

1945-2015, 70 ans ont passé, deux anniversaires sont à commémorer : la libération des camps de concentration nazis et la victoire sur l’Allemagne nazie. Début 1945, une grande partie de la France est libérée, mais le combat contre les forces d’occupation continue avec la certitude que la victoire est proche. La mobilisation de la France tout entière pour l’obtenir est une réalité ; par centaines de milliers, les FFI qui ont participé à une grande partie de la libération du territoire se sont engagés «  pour la durée de la guerre » au sein de la nouvelle armée française. Elle combat en Alsace, sur le front des Alpes, ou assiège dans les Poches de l’Atlantique : Le Verdon, la Pointe de Grave, Royan, Saint Nazaire, Lorient ou Dunkerque, les unités de la Wehrmacht qui s’y sont retranchées.

Malgré les dures conditions de la vie quotidienne découlant de quatre années de pillage, de destructions par l’armée d’occupation, la France entame sa régénération en s’appuyant sur le programme du CNR, et appliquant les  mesures de démocratisation politique, économique et sociale décidées par l’Assemblée Consultative Provisoire à Alger. Les premières mesures ont consisté à abolir la législation de l’Etat Français (lois sur les discriminations, antisémites, racistes, sur la liberté de la presse …). La République ayant été restaurée, notre devise retrouve sa place aux frontons des mairies; «  Liberté, Egalité, Fraternité ». Les Comités de la Libération se substituent aux administrations pétainistes et concrétisent la participation du peuple dans sa volonté de se débarrasser du fascisme et d’édifier une France nouvelle.

En ce début de 1945, les camps de la mort nazis sont, l’un après l’autre, libérés par les Alliés. On met enfin des images et des mots sur l’abomination de l’univers concentrationnaire et sur l’idéologie monstrueuse qui l’a engendrée. L’opinion publique internationale mesure toute la force destructrice du mal : monceaux de corps sans chair, survivants hagards aux yeux trop grands de l’horreur des choses vues et subies. Le thème du Concours National de la Résistance et de la Déportation 2015 « la libération des camps nazis, le retour des déportés, la découverte de l’univers concentrationnaire » a permis aux plus jeunes de découvrir l’horreur de l’idéologie nazie. La difficulté pour les survivants de revenir à une vie normale. D’abord, c’était le silence du rescapé, trop faible pour parler, sentiment de culpabilité aussi et peur de ne pas être cru tant l’histoire vécue est surréelle. La volonté ensuite de tourner rapidement la page des années noires ou troubles. Il fallait progressivement revenir à la vie, sans l’aide de « cellule psychologique », vivre malgré les images qui hantent les nuits… Enfin vient l’urgence de témoigner pour les uns, désir pour d’autres d’en savoir plus sur ce qui se murmurait. La parole peu à peu se libère.

Voilà ce que fut l’image du fascisme, la torture, les fusillades, la Shoah, l’extermination des peuples déclarés inférieurs, l’esclavage général promis à toute l’humanité. Dès lors, le combat qui se poursuivait, début 1945, n’était pas seulement une lutte pour libérer le territoire national, il avait une dimension particulière par rapport aux précédents, c’était celui d’un Combat de Civilisation. Nous ne saurions oublier ce caractère antifasciste de la Seconde Guerre Mondiale, ni que dans notre pays, aux côtés des patriotes français luttant pour la libération de la France ont combattu aussi, antifascistes Allemands, Italiens, Espagnols, Russes et de bien d’autres nationalités, ( Maghrébins, Africains, Océaoniens). Oui, cette guerre là n’a pas été une guerre comme les autres.

L’objectif était atteint le 8 mai 1945, après de durs combats dans lesquels la Résistance intérieure a pris toute sa place, la France était présente à la table des vainqueurs sur l’Allemagne nazie. Le général de Lattre de Tassigny, signait avec les généraux alliés l’acte de reddition sans condition de l’Allemagne, sonnant ainsi le glas du fascisme. 70 ans après, que constatons nous ? Un monde contemporain loin des aspirations des Résistants qui se sont battus pour une société plus humaniste, démocratique et solidaire. Face à la crise économique et sociale, les victimes sont prêtes à écouter les démagogues, dont le discours suscite un regain d’idéologies que l’on aurait pu croire vaincue depuis 1945. D’où la nécessité pour l’ANACR, d’être vigilante à l’égard du négationnisme et de toute tentative d’exonération du fascisme et de ses crimes. D'où la nécessité de la transmission de la Mémoire.

Brigitte MORENO
Présidente de l'ANACR 47

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