Tournon : barrage de gendarmerie meurtrier

Le 13 janvier 1944 à Tournon d’Agenais1

Le 12 janvier 1944, les gendarmes de Tournon reçoivent l’ordre de leur chef de Villeneuve-sur-Lot d’établir un barrage, pendant la nuit, place du Foirail2.

Le 13 janvier à 3 heures du matin, arrivent de la route de Fumel un cyclomotoriste suivi d’une voiture. Ils sont surpris par un coup de sifflet qui leur intime l’ordre de s’arrêter. Le motocycliste descend de son véhicule, donne un coup sur le mousqueton du gendarme, puis sort son arme. Le gendarme qui est à côté, craignant pour la vie de son collègue, tire une balle dans le dos du cyclomotoriste qui s’écroule mortellement blessé. Les occupants de la voiture cernés, se rendent immédiatement. Ils ont chacun un revolver.

Le cyclomotoriste exécuté a sur lui une carte d’identité établie à Vaillac dans le Lot au nom de Baraud Jean. Un occupant de la voiture a aussi une carte d’identité qui provient de ce même village du Lot. Après vérification auprès de leurs collègues du Lot, les gendarmes concluent que les cartes d’identité sont fausses.

Les deux occupants de la voiture disent ne pas connaître l’identité réelle du cyclomotoriste ni ses activités, pour eux c’est « Jean Marie ». Ils revenaient de mission et allaient déposer la voiture dans une maison abandonnée de La Croix Blanche.

Les occupants de la voiture déclinent rapidement leur véritable identité :

  • Jean Bertin est étudiant, célibataire, âgé de 23 ans. Il est allé aux Chantiers de Jeunesse de St Gaudens puis quand il a été appelé pour le STO, il a décidé de ne pas s’y rendre. Il avait des connaissances parmi les FFI. Il travaillait dans les fermes quand il a rencontré Jean Marie qui lui a demandé de participer à une mission : récupérer la voiture du maire de Saint-Martin le Redon. Il a retrouvé Jean Marie à Fumel, ils ont récupéré la voiture et ils allaient la déposer.
  • Maurice Henriot est âgé de 36 ans, originaire de Haute Saône, mécanicien, marié avec 2 enfants. Le 13 mai 1943 il avait été déféré à la centrale d’Eysses. En janvier 1944 il s’est évadé de cette prison en compagnie d’autres détenus. Il avait été condamné à 7 ans de travaux forcés pour transport illégal d’armes. Il dit avoir rencontré Jean Marie fortuitement, ils ont ensemble dérobé le cyclomoteur du docteur de Laroque.

Jean Bertin et Maurice Henriot sont inculpés d’activité terroriste et de port d’arme.

Une photo post mortem est réalisée pour la personne tuée. Il sera identifié comme Jean Louis Bruckman. Madame Vielcazat dans son ouvrage sur « le Lot-et-Garonne terre d’exil, terre d’asile » évoque sa mort le 13 janvier 1944 à Tournon. Jean Louis et sa famille ont été raflés en 1942, emmenés au camp de Casseneuil. Il semble que Jean Louis ait réussi à s’évader car on le retrouve sur les listes de ceux qui vont partir du camp de Rivesaltes vers Drancy. Jean Louis aurait encore réussi à s’évader pour rencontrer la mort à Tournon.

La mort de Jean Louis par un gendarme de Tournon, avait suscité de l’émotion dans la région et avait été évoquée par une radio (laquelle ?). Cette émission fut entendue par des prisonniers en Allemagne qui en parlèrent lorsqu’ils furent rentrés

1 source recueillie par D. Darquié, Archives.Départementales de Toulouse 5795W
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Le rond point n’existait pas à l’époque

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