Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

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Avril 1944. Les Allemands reculent sur les fronts de l’Est et de l’Italie

 C’est « la défense élastique ». Les Russes, qui ont fini par débloquer Léningrad, pénètrent aux pays baltes, en Pologne, en Roumanie. En Italie, les Alliés et l’armée française du général Juin arrivent devant Rome. Hitler est réduit à la défensive. En Lot-et-Garonne, comme dans le reste de la France, la tension monte de jour en jour. Le débarquement devient une obsession pour tous. Quelqu’un ayant dit qu’une attaque massive alliée est imminente, la rumeur s’empare aussitôt de l’information. Les initiés savent que le plan « Fortitude-Ironside » prépare un débarquement sur la côte landaise, les maquisards devant s’assurer des aérodromes pour permettre le largage des troupes aéroportées. [Les Allemands, qui ont eu vent d’un projet de débarquement dans le Sud, déménagent Pétain, le 4 mai, dans la région de Paris, à Voisins, près de Rambouillet. C’est la première fois, depuis 1940, qu’il franchit la ligne de démarcation. Il en profite pour aller se faire acclamer à Rouen puis à Paris. Le 26 mai, craignant cette fois un débarquement sur les côtes de la Manche, les Allemands le ramènent à Vichy, mais Pétain obtient de faire le détour par Nancy. Et là, du balcon de l’hôtel de ville, il lance à la foule : « Aucun Français ne doit se mêler à ce conflit » ce qui tranche avec la politique de soumission qu’il a menée jusque-là. Se rendant suspect aux Allemands, il rend aussi suspects, du même coup, les fonctionnaires d’autorité qu’il a nommés]. 

On sent les forces de la Résistance prêtes à émerger de toutes parts. L’initiative a changé de camp. Les maquisards, toujours plus nombreux et mieux équipés, s’enhardissent à faire des
« collaborateurs » prisonniers et ils exécutent quelques miliciens. Les mouvements les plus actifs prononcent des condamnations à mort dont ils avertissent les condamnés par lettre ou par un petit cercueil. Les coups de mains se multiplient, créant chez les occupants et leurs alliés une atmosphère de panique.

Les GMR se fortifient au château de la Couronne à Boé, les miliciens s’enferment avec leur famille au château de Ferron à Tonneins (ce que signale la Résistance en souhaitant un bombardement).

L’inspecteur d’Académie du Lot-et-Garonne avance les congés d’été et vide les internats. Les examens des Facultés de Toulouse et de Bordeaux (celles des étudiants agenais), sont avancés à fin mai.
Ces étudiants libérés vont grossir les groupes disposés à les accueillir alors que les exactions des occupants continuent. Le 4 juin, une colonne de camions allemands précédée de voitures de la Milice sème la terreur de Bazens à Aiguillon après dénonciation de familles ravitaillant le maquis. Les maisons sont pillées, les suspects, faits prisonniers, partent pour Buchenwald : 4 de Bazens, 1 de Galapian, 3 d’Aiguillon.

Résistant ou non, on se tient au courant des nouvelles en écoutant la British Broadcasting Corporation (BBC, la radio de Londres) qui émet tous les soirs en français. A 19 h30 et à 21 h15 les informations laissent place à de courts messages codés, destinés aux groupes de l’Armée Secrète. On les entend mal à cause du brouillage intense des occupants, aussi  sont-ils répétés. On les écoute l’oreille collée au récepteur par crainte de la Milice ou d’un voisin malveillant A la veille de l’insurrection générale, chaque groupe doit recevoir deux messages personnalisés pour chacune des actions qui lui est demandée : un message préparatoire (ou d’alerte) et un message d’exécution.

Les 1er, 2 et 3 juin on entend « Les sanglots longs des violons de l’automne… », début d’une phrase de Verlaine (« Poèmes saturniens »). Les initiés savent que, lorsque sera diffusée la fin de la phrase, le débarquement aura lieu dans les 48h. Ces mêmes jours sont diffusés des messages d’alerte ; par exemple, pour ceux de l’AS équipée par Hilaire (Bataillon Néracais etc….) : « Les impôts pèsent sur les commerçants ».

Le 5 juin à 21 h15 on entend « …blessent mon cœur d’une langueur monotone » fin de la phrase de Verlaine. Suivent 200 messages personnels d’exécution : « Les contributions indirectes coûtent cher » pour le Bataillon Néracais. Chacun rejoint le poste qui lui est assigné, en attente d’ordres, ou pour participer au sabotage des voies ferrées, qui constitue l’essentiel de ce que demande Londres. Cette tâche s’ajoute à celle de la défense des aérodromes demandée précédemment.

[Le message « … blesse mon cœur d’une langueur monotone » qui annonce à la Résistance française l’imminence du débarquement, capté et correctement interprété par les services allemands, se trouve dès 21 h 20 sur le bureau du Q.G. de leur 15ème armée allemande à Tourcoing (le document daté, jour et heure, est visible au musée de Tourcoing). Mais le maréchal Rommel, qui commande cette armée, s’est absenté parce que le temps est si mauvais, et la mer si forte, qu’il a jugé un débarquement impossible. Ce n’est que le matin du 6 juin, quand la vigie de la Pointe du Hoc voit, à la faveur d’une courte éclaircie, la mer couverte de navires, et reçoit les premières salves, que l’état-major local décide de faire avertir Rommel et Hitler. Les Allemands réagissent trop tard pour rejeter les Alliés à la mer, mais assez vite pour les bloquer longtemps sur le rivage.]


« Raconte-moi la Résistance »

Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

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Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

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La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

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