Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

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Au jour J quelques maquis parmi d’autres

Retrouvons les groupes armés insurrectionnels pour mentionner, en quelques mots, les plus importants d’entre eux le 1er juin 1944, en sachant bien qu’on ne peut pas faire un tableau, même succinct, de la Résistance en Lot-et-Garonne sans tenir compte des opinions politiques qui continuent à caractériser les groupes. C’est là le résultat de la propagande officielle qui martèle depuis des années ses slogans contre le communisme et contre le gaullisme.En 1944 le choix des volontaires pour le combat s’oriente vers les FTP, communistes, qui appellent à l’action immédiate, ou vers les autres mouvements, réputés gaullistes, qui se préparent, et que les Anglais arment, en vue de soutenir le débarquement allié. Parmi ces gaullistes, l’Organisation de la Résistance de l’Armée (ORA) reste à part : elle regroupe des officiers de carrière qui sont à la tête de petits groupes armés et qui prétendent sauvegarder leur totale neutralité politique, bien qu’ils soient en contact avec la France Libre ou avec le SOE, ce qui est le cas du colonel Beck, ex–capitaine Guérin.

 Sans listes, sans cartes d’appartenance à un groupe, sans quittances d’intendance, sans pointages de remise d’armes, rien ne permet de connaître le nombre de Résistants armés en Lot-et-Garonne au moment du débarquement de Normandie. Les groupes n’ayant donné, après coup, que des nombres peu fiables (quand ils en ont donné…), force est de s’en tenir aux estimations du ministère de la Défense : il y aurait, au début juin 1944, 4 600 Résistants actifs, la plupart disposant d’une arme de poing ; 1 500 d’entre eux sont équipés d’une mitraillette Sten (la « sulfateuse »), d’un fusil-mitrailleur ou, rarement, d’une mitrailleuse. Et il existe plusieurs dépôts d’armes en attente de distribution..

Le Groupe FTP, qui est entré le premier dans la lutte armée, comprend trois formations très actives : les bataillons Arthur, Prosper, et MOI. Essaims de guêpes, ils harcèlent les patrouilles ennemies et les maintiennent dans l’insécurité.
Le Bataillon Arthur, (une centaine d’hommes installés dans la forêt d’ #Allons, de Sauméjean et de Pindères), a conquis la sympathie et l’aide de la population, gendarmes de Houeillès compris. Commandé par Lucien Baron, agent des services techniques de la Poste, il attaque les colonnes allemandes qui circulent à proximité de la ligne de démarcation, il pille le Chantier de Jeunesse en forêt de Campet, il continue le sabotage de tout le matériel forestier qui travaille pour les occupants. Grâce à la présence de guérilléros espagnols, surtout Mateo Blasquez Rodriguès, dit Mata, l’entraînement au maniement d’armes devient intensif au printemps 1944.
Le Bataillon Prosper, commandé par Didier Thomas, compte 100 à 200 hommes qui ont pour point de ralliement Castelnaud-de-Grattecambe au Nord de Villeneuve-sur-Lot. Il abrite des réfractaires au #STO dans un camp situé au Pech de Rayssac, il sabote les voies de communication utilisées par les Allemands, il tente d’aider les détenus d’Eysses, il fait acte de présence dans les hameaux pour narguer et inquiéter  la Milice, il participe à des actions d’autres groupes, jusqu’en Dordogne, où il s’est illustré dans l’attaque d’un train blindé à Mussidan ; mais il souffre d’une pénurie d’armes.

Le Bataillon MOI, qui a pour chef Enzo Lorenzi, reçoit ses directives de l’Etat-Major Interrégional de la « 35ème Brigade » de Toulouse et, de ce fait, est un peu à l’écart. Essentiellement formé d’Italiens antifascistes, d’Espagnols républicains et de Juifs d’Europe Centrale, c’est un véritable corps d’armée en campagne, d’une haute technicité et d’une discipline sans faille. Il affronte, à la grenade, des gradés allemands, il fait dérailler des trains, il sabote les lignes à haute tension et les transformateurs, il s’empare de dépôts d’armes. Il a attaqué, à la bombe, le siège de la Milice à Agen. Chaque homme a un matricule et n’est connu que sous ce matricule. Ce bataillon de « parias de la Résistance » porte le nom de Marcel Langer, juif polonais, qui avait fait partie, pendant la guerre d’Espagne, de la 35ème Brigade Internationale et qui, arrêté par la police française porteur d’explosifs, a été guillotiné à Toulouse le 23 juillet 1943. Le Bataillon MOI a un détachement de choc à Agen et 4 maquis à Monclar, Verteuil, Grandfonds-Castelculier, Lamontjoie-Ligardes et Sérignac-Montesquieu.

Il existe d’autres formations FTP, qui ont un rôle plus épisodique; à Duras, à Sainte Bazeille, à Aiguillon, à Lauzun, à Villeréal.
Le bataillon « Soleil », centré sur Belvès en Dordogne, et qui a plusieurs maquis dans la vallée de la Lémance, intervient plusieurs fois à Fumel. Il investit Villeneuve-sur-Lot le 19 juin 1944 ; Schivo tente d’alerter les Allemands à Agen, mais le Central est occupé et la Banque de France doit céder à Soleil 3 sacs de billets de 5 000 francs.

Le Groupe Vény (AS, de tonalité socialiste), dont le siège est à Monflanquin, compterait 800 Résistants dont 400 forment le Bataillon Geoffroy à Fumel. S’y ajoutent :

  • le Bataillon Georges dans le Villeneuvois,
  • le Bataillon Jack, de Jacques Lévy qui opère dans le Sud de la Dordogne,
  • le Bataillon Labrunie, pourchassé à Aiguillon et replié à Cancon,
  • la 9ème compagnie du commandant Masson entre Grignols et St Martin-de-Curton
  • et le Bataillon Col Dur du commandant Menier, aux environs de Sainte-Livrade-sur-Lot.

 A l’origine, ce fut le «Comité d’Action Socialiste » devenu « La France au Combat ». Puis son chef, pour les deux départements du Lot et du Lot-et-Garonne, Georges Archidice, instituteur au Cours Complémentaire d’Agen, décide de passer sous le contrôle de Vény (le colonel Vincent de l’ORA) ce qui lui assure des armes et un encadrement d’officiers.
Il apporte ainsi des effectifs au colonel Vincent qui crée de nouveaux camps de toile avec le matériel de la Section Camping et y développe l’indispensable instruction militaire.
Le groupe, qui reçoit l’aide de Footman, l’équivalent d’Hilaire pour le Lot et le Nord-Est du Lot-et-Garonne, a pour principale activité la recherche d’aires de parachutages puis le stockage et le camouflage des armes et des munitions parachutées, en attendant le débarquement. Il essaie d’éviter toute action militaire jusqu’au jour J, mais l’équipe Dollé, de Geoffroy, particulièrement active, maintient la pression par ses sabotages.

Le « Bataillon Néracais » (AS gaulliste) est le groupe le plus important par son nombre, par son assise géographique et par la quantité de parachutages reçus. Créé en 1943, avec une centaine de réfractaires, à Nérac, par Paul Charles, représentant de commerce, il est maintenant dirigé par Gabriel Lapeyrusse, maraîcher à Nérac, depuis que Paul Charles a été déporté. Lapeyrusse, qui exerce son commandement avec autorité et bonhomie, est un gaulliste inconditionnel.
Ses Résistants sont répartis en 4 compagnies actives, 1 compagnie de réserve et le « Corps franc Max » d’environ 200 hommes, spécialement chargé de couper le trafic ferroviaire entre Aiguillon et Colayrac. Chaque unité est dirigée par un militaire expérimenté.

Le principal point de rassemblement se trouve au Majoureau, dans une clairière à 6 km de Barbaste. L’aire de parachutage « aux Raguets », à l’Ouest d’ #Ambrus, est gardée en permanence. Bien approvisionné grâce aux messages d’Hilaire, Lapeyrusse constitue des stocks d’armes et en fait passer aux FTP voisins (Bataillon Arthur et groupe d’Aiguillon).
Son influence est telle sur le Néracais que les paysans appliquent ses consignes et diminuent sensiblement le ravitaillement des Allemands.

Le Bataillon Mickey (AS gaulliste) a été créé et est dirigé par le lieutenant Menvielle, évadé d’Allemagne. Il ne compte, pendant des mois, qu’une quarantaine d’hommes, déterminés et efficaces, cantonnés en plusieurs groupes autour de Bouglon, mais d’une grande mobilité. Ils coupent la voie ferrée Bordeaux-Sète vers Tonneins, ils sabotent des machines en gare de Marmande, ils détruisent des wagons citernes à Bourriot-Bergonce et des rails vers Mont-de-Marsan.
Les qualités de tacticien de Menvielle et la militarisation poussée de son bataillon sont repérés par les Anglais qui lui envoient des parachutages à Grézet-Cavagnan.
Après la désorganisation de la Résistance en Gironde, par l’affaire Grandclément, Menvielle reformera, prendra en charge et rendra efficaces les maquis de Bazas, Villandraut et Grignols.

 [Bien que l’affaire Grandclément, qui désorganise la Résistance en Gironde, n’affecte en rien l’activité des maquis lot-et-garonnais, son point de départ est un parachutage, mal préparé, à Verteuil, en Lot-et-Garonne. Grandclément, assureur à Bordeaux et officier de réserve, est le chef de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) qui regroupe toutes les formations de Résistants girondins à l’exception des Communistes. Il autorise le jeune Résistant Frossard, 17 ans, à s’adresser, à sa place, pour un envoi d’armes, à Baissac, major anglais du SOE, l’équivalent d’Hilaire pour le Bordelais.
Le parachutage, 27 containers de mitraillettes et de munitions a lieu à l’endroit et à l’heure fixés, près de Verteuil, dans la nuit du 22 au 23 juillet 1943. Frossard, qui a été élève à l’école de Verteuil, a bien alerté quelques camarades de classe, mais n’a prévu ni cache ni transport. Cueilli par les gendarmes de Castelmoron avec deux de ses camarades, il passe par la Gestapo d’Agen puis par celle de Bordeaux. Ils parlent : tous les dossiers d’assurance-vie qui sont dans le bureau de Grandclément concernent les Résistants de l’OCM. Perquisition immédiate. Les dossiers sont récupérés. Coup de filet général. En septembre la Gestapo propose à Grandclément de le relâcher avec ses Résistants contre remise de stocks d’armes (40 tonnes) envoyés par le SOE, ce qui est fait .Mais les maquis ont perdu leurs repères. Baissac échappe de justesse à la Gestapo. Grandclément sera mystérieusement tué en juillet 1944.]

 Le Bataillon Jasmin (AS gaulliste) doit son origine à Cayrou, épicier, et à Brao, cafetier, à Prayssas. Résistants depuis 1940, les deux hommes ont fait partie de « Combat ». Ils n’eurent aucun mal à organiser un groupe ayant pour activité la propagande, le transit d’aviateurs anglais puis canadiens, la récupération et le stockage d’armes. Les cavités naturelles des alentours permirent d’établir un petit maquis original, apparemment peu actif et tranquille mais en rapport avec « Libération » et l’ORA. C’est là que vient se reformer le Groupe François qui a dû quitter Montpazier après avoir été découvert par la Milice, puis Eauze où il a perdu la plupart de ses effectifs faits prisonniers.

Le commandant de réserve Jean Barret en prend la direction, tout en gardant son poste de Directeur des Services agricoles à Agen et recrute, en prévision du débarquement, une centaine d’officiers ou de sous-officiers de réserve et des gradés de l’Armée de l’Armistice qui s’engagent à participer, mais, pour le moment, restent chez eux. Sur place, deux frères Girard, jeunes officiers d’active, puis André Huser (le « capitaine Charles ») dépêché par le SOE en janvier 1944, en font une force offensive. Son groupe
« Explosifs » interviendra 22 fois sur les voies ferrées voisines.

Un 2ème bataillon, appelé Bataillon Goumy, est formé de maquis repliés des environs de Laugnac et pour lequel le capitaine Ernest Langlais recrute les étudiants rentrés de Toulouse ou de Bordeaux après la fermeture des Facultés. Parmi eux, les anciens élèves du lycée Bernard Palissy forment le « groupe franc Tchad » et attendent, à leur tour, d’intervenir, en participant au renseignement sur la Milice et le mouvement des Allemands.

Les « Corps Francs Pommiès », (ORA), la plus importante, la plus homogène, la mieux armée de toutes les unités de Résistance dans le Sud-Ouest, sont présents en plusieurs endroits du Lot-et-Garonne. Ils y constituent le « Groupement Nord-Ouest » (par rapport à la Haute-Garonne d’où le mouvement est parti).
Le capitaine d’active André Pommiès a commencé sa Résistance comme Guérin/Beck en récupérant très tôt une grande quantité d’armes à l’insu de la Commission d’Armistice. Il a reçu, par le BCRA, le parachutage d’un opérateur radio dès septembre 1941. Il a fondé son premier corps franc en novembre 1942 à Toulouse avec des militaires d’active ou de réserve et des volontaires espagnols. Ensuite le mouvement se développe régulièrement par la création d’autres corps francs englobant les groupes qui se réclament de l’ORA. Comme la plupart des hommes restent chez eux, les maquis Pommiès ne dépassent pas 30 personnes. Jusqu’au débarquement, il donne 3 buts à poursuivre : Renseignement, Sabotage, Harcèlement.

En janvier 1943, Pommiès vient à Agen pour y constituer le
« groupement Nord-Ouest » qui sera commandé par Désiré Ernst et comprendra 3 bataillons, « Sud-Garonne » commandé par Célérier, « Nord-Garonne » commandé par Gave, « Agen » commandé par Ribourt, tous officiers de carrière. Chaque bataillon est formé de compagnies, divisées en sections. Le groupe Estréguil, qui tient Castelculier et le vallon de Vérone, et qui est déjà en rapport avec Hilaire, demande à participer à l’ORA. Il passe sous le commandement de Ribourt.

D’autres groupes de l’Armée Secrète, en liaison avec Guérin/Beck, conservent une certaine autonomie : « Sultan », de Bize et Faget, à Clairac; « DD » du capitaine Deldon à Salles ;
« Cassé » à Villeréal; « Clovis » à Lauzun; « Bataillon Réolais » du capitaine Latapy….

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

 

Liste de tous les articles de la catégorie :

La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département


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