Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

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Vivre sous la menace de représailles

Les Allemands cherchent à s’emparer des arrivages d’armes avant leur distribution. Une de leurs plus belles prises a lieu à la ferme de la famille Ossard à la Ragotte (2 km au Sud de Duras). Conduits par la Milice, ils récupèrent plus de 2 tonnes d’armes (2 parachutages successifs) en tuant 3 maquisards et en en déportant 8 autres dont 4 ne reviendront pas. Autre exemple : au Blanchou, maison isolée à 2,5 km au Nord-Est de Clairac. Conduits par la Milice, en pleine nuit, les Allemands tirent de la paille armes et munitions. Ils en chargent 2 charrettes qu’ils font atteler de vaches pour atteindre la petite route qui passe à la Molère, à 800 m de là, où attend leur camion. Tous les hommes du hameau sont déportés. C’est aux deux extrémités du département, dans la forêt landaise et dans les bois proches du Périgord, que les maquis se sont le mieux implantés. Le groupe Arthur, enraciné dans le canton de Houeillès, détruit au plastic des machines qui débitent le bois pour les Allemands. Apprenant que le groupe Daniel (AS) est encerclé par les GMR, il se porte à son secours à la ferme du Crieuré, près d’ #Allons, et lui permet de s’échapper. Puis 7 aviateurs d’une forteresse volante touchée par la chasse allemande au-dessus de Langon réussissent à s’éjecter et tombent à Ste Bazeille. La police de Vichy est sur leurs traces quand des maquisards les cachent à #Allons avant de les faire parvenir à Lapeyrusse qui les héberge chez des habitants du Néracais en attendant que Merchez ait organisé leur passage en Espagne. Il n’en faut pas plus pour que les Allemands attaquent, le 21 avril, le village d’ #Allons. Arrivés de Bordeaux en camions, ils occupent rapidement le bourg à 7 heures. Pendant que leur capitaine exige du maire la réquisition des principales maisons, les habitants sont rassemblés sur la place et huit d’entre eux sont amenés dans la maison du maire pour y subir un long interrogatoire assorti de tortures. Plusieurs maisons sont incendiées, les fermes avoisinantes sont envahies par les soldats et pillées. Finalement le commando repart sans avoir rien obtenu, mais en laissant le village dévasté et un mort par balle dans une ferme écartée.

Ce mois d’avril 1944 est marqué par l’arrivée, dans le Sud-ouest, de la division « Das Reich » déjà connue par la brutalité dont elle a fait preuve dans la région de Minsk, après avoir été décimée dans la bataille de Koursk. Elle s’est arrêtée quelques semaines, pour se refaire, au camp de Souge près de Bordeaux. Elle est formée de 20 bataillons de 900 hommes et d’une Gestapo qui met, tout de suite, la Milice à contribution. Elle est commandée par le général Lammerding qui a une réputation de férocité. Il installe son état-major à Caussade, près de Montauban. Le Lot-et-Garonne hérite du 2ème Bataillon SS Panzer, qui fixe son PC à Aiguillon.

Le 21 mai, après dénonciation d’un parachutage, Das Reich intervient dans les bois qui sont à la limite du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, tenus par les groupes « Soleil » et « France ». 200 Allemands, partis de Caussade à minuit, arrivent à Vergt-de-Biron  au lever du jour. Ils enferment tous les hommes dans l’église pour interrogatoire. A Devillac, village voisin, ils arrêtent Abouly sur dénonciation et l’emmènent à Vergt-de-Biron pour le torturer. Il est pendu par les pieds dans un hangar et frappé à coups redoublés avec des pieux de bois qui se trouvaient là. Il meurt sans avoir rien dit. Sa maison est pillée, sa femme est déportée, ainsi que les 70 otages enfermés dans l’église.
Le même jour, à Lacapelle-Biron, les Allemands rassemblent tous les hommes sur la place et contraignent le maire à faire l’appel avec le registre de la mairie. Emmenés dans un pré, ces hommes sont gardés par des soldats armés. 47 d’entre eux, les plus alertes, sont portés en camions à Gavaudun où les rejoignent les otages de Vergt-de-Biron et  quelques autres, arrêtés en route. Au total, la rafle envoie en déportation 118 hommes dont 52 mourront en Allemagne.

Ensuite les exactions se multiplient; on tue dans nos campagnes. Les paysans terrifiés et, pour la plupart, ruinés, sont pris entre les maquisards qui se servent, le service du Ravitaillement qui exige, les Allemands qui réquisitionnent, et parfois de petits groupes armés qui se disent Résistants, mais qui pratiquent le banditisme. De plus, la multiplication des parachutages entraîne celle des cachettes, qui rendent complices les tenanciers, torturés et tués en cas de découverte…

Les villes sont devenues sinistres, et la population n’y est pas moins angoissée qu’à la campagne parce que les dénonciations, même anonymes, sont suivies d’effets épouvantables. Sur les chaussées, désertées par la circulation, aucune voiture ne stationne le long des trottoirs mais on voit, de loin en loin, des gens qui font la queue en se mettant spontanément en file devant la boulangerie, l’épicerie, la boucherie qui ont été désignées dans la presse pour les servir ce jour-là. Ils évitent de parler. Les villes sont devenues muettes. Chacun avance pas à pas, les yeux baissés, évitant d’échanger un signe ou un  regard avec une connaissance, peut-être déjà suspecte. On attend. On attend toujours, devant les commerces ou devant les guichets, avec parfois l’inquiétant intermède d’un contrôle d’identité.

Le « Petit Bleu », souvent réduit à une demi-feuille, porte, plusieurs fois par mois, la liste des derniers « terroristes exécutés ». Encadrée d’un trait noir pour attirer l’attention, cette liste est signée du Commandant allemand en Lot-et-Garonne. Parents et amis apprennent ainsi la mort d’un des leurs. La torture, toujours effectuée, n’est pas mentionnée.

Les vitrines sont vides. Il ne reste plus, dans chacune, que le portrait de Pétain. Quelques grandes affiches, aux couleurs violentes, appellent à la défense de la « forteresse Europe » contre l’hydre communiste et les hordes juives. Les cinémas, qui ferment à 21 h, proposent « L’éternel retour », « Les visiteurs du soir », « Goupi mains-rouges » « le Corbeau », mais aussi « le juif Süss », « les Dieux du stade », « Münchhausen » ou des films faits pour Zara Leander, l’égérie suédoise du cinéma nazi.
De 22 h. à 5 h.30, c’est le couvre-feu. Il est interdit d’être dans la rue sans un laissez-passer délivré par la police, valable une seule fois et précisant l’heure, l’itinéraire et le but de la sortie. Pour la plupart, les gens qui sortent la nuit vont à la gare ou en reviennent, sans traîner…

Les rues sont noires, du crépuscule à l’aube, pour ne pas offrir un repérage facile aux avions alliés. Parce que la lumière bleue est la moins visible de loin et passe pour rester inaperçue du ciel, les phares des rares voitures sont peints en bleu. Les contrevents de toutes les maisons doivent être fermés quand il fait nuit et ne doivent laisser passer aucune lumière. Les persiennes et les fentes des volets sont occultées avec du papier bleu. C’est la
« défense passive ». Quand un contrevenant récidiviste est emmené par la police, on ne sait pas si on le reverra.

Hitler, qui a besoin de cuivre pour ses armées, a raflé nos stocks dès l’été 1940. Vichy, qui n’en trouvait plus pour le réseau électrique et pour l’agriculture (sulfate de cuivre), a créé le
« Commissariat à la mobilisation des métaux non ferreux » qui a, pour sauver nos cloches, envoyé à la fonte, dès mars 1942, nos statues de bronze: « Les Enfants Illustres du Département », « La République », et bien d’autres, dont le socle reste vide. Idem pour la statue de Romas à Nérac et celle de Fallières à Mezin.

Comme il faut des sources supplémentaires, le même Commissariat invente, le 15 avril 1944, l’Impôt Métal : « Les particuliers doivent rechercher, de la cave au grenier, tous les objets en métal non ferreux, hors d’usage, inutilisés, remplaçables, ou dont ils peuvent se passer » !! Date et lieu de dépôt ne sont pas fixés, et ne le seront jamais du fait du Débarquement.

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

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La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

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La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

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