Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

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Des coups dramatiques portés aux maquis

Banabéra est arrêté en août 1943 et déporté. Il survivra à l’enfer des camps, et, à la Libération, rentrera à Agen pour y mourir. Cambon, ingénieur chimiste, affilié à « Combat », en rapport avec le réseau Buckmaster, devient, à sa place, chef départemental des MUR.Les FTP sont frappés à leur tour: le 9 octobre leur jeune chef André Delacourtie, dit Arthur, est assassiné au révolver par la police, à Agen, dans l’église Saint Hilaire, où il avait fixé un rendez-vous à un comparse qui l’a dénoncé. Le maquis de la Torgue, qui prend le nom de Bataillon Arthur, échoue à venger cette mort, en tentant de tuer le chef milicien Audebez, et doit quitter Varès le 12 janvier 1944, pour s’abriter dans la forêt d’ #Allons où il se trouvera aux prises avec des GMR.
Le 28 janvier, Gérard Duvergé, résistant de la première heure et chef de toute la Résistance armée, est arrêté sur dénonciation. Torturé à mort par la Gestapo qui a compris son importance, il ne parle pas, à l’instar de Jean Moulin, alors qu’il sait tout de l’AS et des FTP.
Le 2 février, l’un des groupes François (AS) formé par les frères Girard à Villeréal, dénoncé, est poursuivi jusqu’à Eauze et fait prisonnier par les GMR (mais sera délivré par le groupe Dollé, à Eysses, en juillet).
Le commandant Robinet est déporté pour avoir stocké des armes et détourné beaucoup de véhicules.
Enfin Waschspress qui a commandé le bataillon FTP-MOI dans de nombreux exploits, dénoncé, est arrêté par la Gestapo en mars 1944. Enzo Lorenzi lui succède avec la même efficacité. Les dénonciations de ces chefs, qui auraient pu décapiter l’action, sont ignorées du public.

Il n’en est pas de même de la tragique tentative d’évasion d’Eysses (19-20 février 1944). Les 1 200 prisonniers de la Centrale, ont minutieusement préparé leur évasion, en bloc. Pour y parvenir, ils se sont formés en une unité militaire secrète (le « Bataillon FTP d’Eysses ») sous le commandement de François Bernard, ancien officier des Brigades Internationales. Kléber, de son côté, a alerté les maquis voisins en vue d’une aide extérieure; il est allé jusqu’à Toulouse rencontrer Serge Asher dit « Ravanel », le chef d’un groupe franc très important.

Mais, apprenant la venue d’un inspecteur des prisons, ce qui paraît annoncer le transfert des détenus vers les camps allemands, le Comité décide de précipiter les choses. Surpris par la rapidité d’une action bien montée, le milicien Schivo, chef de la Centrale, l’inspecteur qui vient d’arriver et cinquante geôliers, sont neutralisés en un instant. Les insurgés s’emparent, aussitôt après, des armes du poste de garde. Quand le combat, pour l’ouverture des portes, s’engage avec les GMR, les insurgés ont une douzaine de mitraillettes, une caisse de grenades et quelques armes de poing. Pendant 13 heures d’un combat inégal ils lancent de vains assauts marqués de fusillades et d’éclats de grenades qui alertent Villeneuve de l’importance de la rébellion.
Les GMR reçoivent le renfort de la Milice puis celui des Allemands qui sont prêts à écraser la Centrale avec leur artillerie. Pour éviter cette tuerie, François Bernard parlemente avec Schivo, qui promet qu’il n’y aura pas de représailles. Les otages sont relâchés et les détenus regagnent leurs quartiers.
Le lendemain 20 février, arrive Darnand qui crée, sur place, une Cour martiale, ce dont il est habilité par le décret du 10 et la loi du 20 janvier 1944. Le 23 février 12 prisonniers sont fusillés, dont François Bernard.
En mai, 36 détenus (dont René Filhol) seront transférés dans une prison de Blois d’où ils partiront en juin pour l’Allemagne. Les autres (dont Charpak) subissent les brutalités ordonnées par Schivo jusqu’au 31 mai où ils partiront tous pour Dachau sans que la Résistance réussisse à arrêter leur train.

Bien loin d’affaiblir la Résistance, les coups qu’elle reçoit accroissent son essor. Les effectifs ne cessent de gonfler, créant de nouveaux problèmes de ravitaillement, car les jeunes qui arrivent, J3 ou jeunes majeurs, ont toujours faim.
Les paysans arrivent bien à soutirer des bêtes à la réquisition mais le pain manque, même avec des tickets, vrais ou faux. Et, pour les chaussures, les vêtements ou les pneus de vélo, il n’y a pas d’autre ressource que les « descentes », c’est-à-dire le pillage de commerçants, auxquels on remet en partant un bout de papier, dit « bon de réquisition », portant un cachet de « Prosper », « François » ou d’autres. Bien entendu les boutiquiers n’y croient guère mais ceux qui gardent ces bons auront la surprise d’être dédommagés quelques semaines après la Libération.

Ces jeunes assistent, le cœur battant, à leurs premiers parachutages nocturnes, étonnés qu’un avion, parti d’Angleterre et qui y repart sans avoir touché le sol, arrive à repérer, lors d’un premier passage, les petites lampes de poche allumées sur la « dropping zone » pour y larguer son chargement au deuxième passage. Ils apprennent qu’un parachutage – il y en a de plus en plus – n’est pas dû au hasard, qu’il demande beaucoup de préparation, et qu’il faut prévoir d’évacuer immédiatement les tonnes de matériel demandées, tombant du ciel dans des containers cylindriques de près de 200 kg. Pour cela on dispose rarement de camions, mais seulement de tombereaux tirés par des vaches.
Ils apprennent à briser un rail avec quelques bâtons d’explosifs reliés à une simple pile électrique que le passage du train déclenchera. Ils découvrent les pains de plastic, puissant explosif, qui ont l’aspect et l’odeur de la pâte d’amandes, et manient avec précautions grenades et détonateurs.
Pour eux, les grands groupes organisent des formations de guérilleros. Autour de Villeréal,
Willy #Robinson transporte sur son vélo, d’un groupe à l’autre, son fusil-mitrailleur de démonstration, caché dans un fagot. « Soleil » a, au nord de Fumel, son école de groupes-francs avec, pour instructeurs, des anciens de la guerre d’Espagne auxquels s’ajoutent, par la suite, leurs meilleurs élèves. C’est le cas de Pierre Denuel, chef d’un groupe-franc « aux Escaliers » et « au Teil » dans les bois entre Sauveterre et Montcabrier, avant qu’il soit tué par un milicien (le 11 mai 1944).

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

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La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

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