Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

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Rassemblement des réseaux et des maquis de la Résistance

C’est le moment où Jean Moulin, parachuté en Provence le 2 Janvier 1942, réussit, après avoir pris contact avec tous les mouvements de la Résistance, à fonder le Conseil National de la Résistance (CNR), le 27 mai 1943, unanime pour reconnaître De Gaulle pour chef, le jour-même où Roosevelt et Churchill, réunis à Washington, envisagent l’administration qu’ils donneront à la France libérée. De Gaulle raconte dans ses « Mémoires de Guerre » : « 15 mai: télégramme de Jean Moulin : Tous les mouvements […] affirment [… ] que le peuple de France réclame l’installation rapide, à Alger, d’un gouvernement provisoire sous la présidence du général De Gaulle ».
« 27 mai: le CNR, réuni au complet 48 rue du Four tenait sa première séance sous la présidence de Jean Moulin et me confirmait son message […]. Le télégramme de Paris, transmis à Alger et publié par les postes radio […] produisit un effet décisif […] parce qu’il donnait la preuve que la Résistance française avait su faire son unité. La voix de cette France écrasée mais grondante et assurée couvrait soudain le chuchotement des intrigues et les palabres des combinaisons. J’en fus, à l’instant même, plus fort, tandis que Washington et Londres mesuraient sans plaisir, mais non sans lucidité, la portée de l’évènement ».

La fondation du CNR fait basculer la situation en affirmant la prééminence de De Gaulle. Le 30 mai 1943 De Gaulle arrive à Alger où il est accueilli par le général Giraud. Il organise, le 3 juin, le Comité Français de Libération Nationale dont il restera seul président le 9 novembre.

Le 21 juin, Jean Moulin, dénoncé, est arrêté lors d’une réunion à Caluire. Torturé à Lyon par Klaus Barbie, il meurt le 8 juillet au cours de son transfert en Allemagne. Le public et les maquis, jusque-là peu informés, apprennent à la fois le rôle de « Max » et sa mort, mais aussi l’existence du CNR.

[L’été 1943 voit l’arrivée de nombreux « Mongols » en Lot-et-Garonne. Il s’agit manifestement d’Asiatiques, sous uniforme de la Wehrmacht, et qui n’ont rien à voir avec la race aryenne destinée à la maîtrise du monde.
Un général russe, Vlassov, fait prisonnier puis « retourné » par les nazis a parcouru les camps de prisonniers en Allemagne et, aidé par des journaux et des radios en langue vernaculaire a trouvé plus de 800 000 volontaires Tatars, Kalmouks, Kazaks décidés à libérer leurs patries respectives. Ils furent rejoints par des déserteurs prêts à participer à cette armée en formation car les avions de la Luftwaffe déversaient, sur les lignes soviétiques, des millions d’exemplaires des appels de Vlassov. 71 bataillons équipés partirent pour le front de l’est mais, après Stalingrad, le comportement douteux de certains d’entre eux inquiéta Hitler qui fit alors rapidement transférer à l’Ouest les 650.000 hommes qui restaient à Vlassov et qui ne sont plus, en France, que de simples mercenaires supplétifs, dispersés dans divers corps d’armée].
[L’Italie signe un armistice avec les Alliés le 8 septembre 1943. La Corse, qu’elle occupait, devient le 1er département libéré].

 En octobre 1943 Vichy décide de regrouper les détenus politiques de la zone Sud à Eysses, dans la prison qui est « Maison centrale de force » depuis septembre 1940 et où déjà René Filhol et quelques autres lot-et-garonnais sont internés. Ce sont des groupes cohérents et structurés qui arrivent d’autres prisons ; Georges Charpak, 19 ans, futur prix Nobel de physique, y arrive de la prison de Montpellier. Un bloc de 150 détenus vient de Nîmes, si bien organisés qu’ils transforment en Collectif FTP le millier de prisonniers de la centrale.
Ils sont vêtus d’un uniforme de toile rayée et chaussés d’incommodes sabots de bois ; mais ils réussissent à faire fonctionner en cachette un poste de TSF, entré en pièces détachées, et dont les nouvelles font vite le tour de la prison. Ils ont surtout réussi à communiquer avec la Résistance locale par le biais de quelques gardiens (et même à se procurer quelques armes qui transformeront le Collectif en bataillon quelques mois plus tard). Fenoglio, dit Kléber s’échappe en décembre et tente de trouver une aide extérieure à une éventuelle insurrection…Le 3 janvier suivant, 54 détenus s’évadent, avec la complicité de surveillants, et sont cachés par un groupe de Cancon. Quelques-uns passeront d’Espagne au Maroc où ils reprendront le combat dans les FFL.

Pendant ce temps la déchéance de Vichy continue. Pétain écrit à Hitler le 18 décembre 1943 : « …les modifications des lois seront désormais soumises, avant la publication, aux autorités d’occupation » et il accepte la présence d’un Allemand, Renthe-Fink, au Conseil des Ministres, qui ne s’occupera plus de politique mais seulement d’administration et de police.

Les maquis prennent de plus en plus souvent l’initiative d’actions, soutenues par la complicité d’une partie de la population rurale. Ils attaquent des mairies, des bureaux de poste, des perceptions, emportant les tickets de ravitaillement et les cachets. Et cela malgré les miliciens –ils seront 650 en Lot-et-Garonne- qui incitent aux dénonciations et en obtiennent.
Au premier rang de ces dénonciateurs, des groupuscules de jeunes, remuants, ultra-pétainistes et donneurs de leçons
(« Francistes », « Groupe d’action pour la justice sociale », et d’autres) se partagent l’hôtel Continental face à la gare d’Agen. Gonflés d’importance, appelés à tort « Gestapo française », ils traquent les réfractaires du STO, se faisant ainsi  les auxiliaires des miliciens. En période creuse, ils font la chasse aux zazous.
Or, ces miliciens se sentent de moins en moins en sécurité, d’autant plus qu’ils sont sans armes, comme toute la population française depuis 1940. Ils ne jouent qu’un rôle dévalorisant de mouchards sans même pouvoir se défendre en cas d’attaque surprise contre leur permanence ou contre leur domicile.

[Darnand veut des armes, mais les Allemands refusent de lui en donner par crainte que ces armes se retournent un jour contre eux. Des négociations durent longtemps et finalement aboutissent : les Allemands armeront la Milice quand Darnand et ses meneurs auront intégré la Waffen SS. Le 11 octobre 1943, à l’ambassade d’Allemagne à Paris, Darnand et les autres chefs de la Milice, en tenue SS, prêtent serment de fidélité à Hitler. Ils reçoivent alors les fusils et les mitraillettes que les miliciens agenais arboreront fièrement devant leur permanence].

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

 

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