Le temps des maquis – 1

Table des matières

Formation des maquis

 La grande affaire du moment c’est donc d’éviter le #STO qui touche d’abord les jeunes des villes : employés, étudiants, ouvriers. Comme ces « Réfractaires » s’échappent vers les campagnes, les réseaux de résistance se trouvent devant un phénomène de masse qu’ils n’ont ni provoqué ni prévu, et dont les Allemands sont la cause.
Les « maquis » sont pris en charge par les réseaux qui les aident à survivre et qui, pour un temps, s’occupent moins de combattre que de loger, de nourrir, de vêtir ces réfractaires, habitués à la vie des villes, et qui ont quelque mal à s’adapter (la paillasse au sol, quand ce n’est pas le lit de feuilles). Les premiers maquis organisés sont créés par les #FTP dans le vallon de la Torgue, près de Varès, et dans le haut Fumélois, avec l’accord de #Duvergé qui fournit, quand c’est nécessaire, ici et ailleurs, les tentes « patrouille », tirées du stock de la « Section Camping » de la Fédération des Œuvres Laïques.
Le flot de jeunes s’accroît encore quand le gauleiter Sauckel exige la classe 1942 tout entière. Et, cette fois, ce sont les jeunes ruraux qui affluent ; leur présence crée un lien avec la population paysanne dont la complicité et le concours sont indispensables.

« Combat » et « Libération » fusionnent en un « Mouvement Uni de la Résistance » (MUR) coordonné chez nous par Roger Banabéra. Ses groupes armés sont intégrés à l’Armée Secrète (AS) et sont placés sous l’autorité de Duvergé. Or, quelques semaines plus tôt, le Front National a fait de Duvergé le chef militaire des FTP du département. Ces FTP, qui recrutent beaucoup de réfractaires, restent autonomes. Leur fer de lance est la Brigade FTP MOI (Main d’œuvre Immigrée) qui groupe autour du village de Lamontjoie une soixantaine d’immigrés antifascistes italiens et espagnols.

En 1943 le réfractaire ne choisit pas son maquis. Il a échappé au STO ; s’il a la chance de se faire accepter par un groupe il n’en discute pas les orientations politiques. Libéré de sa famille, il apprend la clandestinité, les fausses identités, le cloisonnement entre individus, les consignes qu’il faut appliquer sans en connaître l’origine. Il apprend aussi la guérilla, à être très mobile, à glisser entre les doigts de l’ennemi, à surgir devant ou derrière lui, à attaquer un détachement isolé et à s’évanouir dans la nature. Avec les Communistes qui lancent très tôt ces jeunes dans l’action, la Résistance prend une dimension nouvelle ; elle devient populaire ; elle n’est plus le fait de minorités, et devient celle des masses.

Ces maquis n’ont pas la quantité ni la qualité de l’armement dont ils ont besoin. Les Alliés ne connaissent que 4 grandes régions de maquis: la Savoie, le Vercors, l’Auvergne et le Limousin. Les gros envois d’armes leur sont réservés. Cependant les parachutages de containers se multiplient dans le Sud-Ouest, provenant de 3 sources différentes :

  • la plus importante est la Section F du Special Operation Executive (#SOE), branche du War Office, (ministère de la guerre anglais). Cette section, créée dès 1940, devient très active en 1941 sous la direction du major Buckmaster. C’est ce SOE qui envoie le major George Starr dans notre région, où il organise le réseau #Wheelwright couvrant plusieurs départements, dont le Lot-et-Garonne. Il aura un point d’attache, précaire, à Castelnau-sur-l’Auvignon, chez l’institutrice, Jeanne Robert. Il y devient « Hilaire », paisible ingénieur retraité (belge, à cause d’un léger accent) ; il est très vite un familier du maire, Roger Larribeau qui lui fera faire tous les faux-papiers nécessaires. En parcourant la région, il contacte une filière d’évasion par La Tour de Carol. D’autres officiers anglais joueront le même rôle dans toutes les régions de France en communiquant régulièrement par radio avec Londres.
  • le Special Intelligence Service (SIS), également britannique, sans rapport avec le précédent. Merchez, carrossier à Agen, qui en est le correspondant, a aussi, par la haute Neste, sa filière pour les passages en Espagne. C’est grâce à ses messages que l’usine Granges, dont il affirme qu’elle est trop incluse dans la ville d’Agen, n’est pas bombardée par les Alliés.
  • l’Office of Strategic Service (OSS) américain, le moins actif. Un seul parachutage à Vianne.

Les parachutages commandés par Hilaire sont destinés à l’Armée Secrète, pas aux FTP, longtemps les plus nombreux, qui doivent prendre leurs armes aux Allemands ou récupérer des containers parachutés pour d’autres. D’où des tensions entre les groupes de Résistants, mais qui restent toujours moins fortes que l’unanimité contre les Allemands.

Le Comité de Libération Nationale, en gestation à Alger, éprouve les plus grandes difficultés à équiper l’armée régulière des Forces Françaises Libres, FFL, qu’il compte engager le plus tôt possible sous le commandement du général Juin au côté des Anglo-Saxons. Il ne peut donc apporter que bien peu d’aide matérielle aux maquis. Son « Bureau Central de Renseignement et d’Action » (BCRA) parachutera quelques opérateurs radio.

[D’ailleurs Alger s’est trouvée, durant quelques mois, dans un invraisemblable imbroglio politique. L’amiral Darlan y a régné un mois et demi sous protection américaine. Son assassinat a donné le pouvoir au général Giraud qui se veut, comme lui, le porte-parole de Pétain, et qui continue, jusqu’à mi-mars 1943, de publier les ordonnances de Vichy, de maintenir la Légion des Combattants, de se référer aux principes de la Révolution Nationale, de poursuivre juifs et gaullistes, d’empêcher les FFL vainqueurs en Libye de venir à Alger. Et il ignore le général De Gaulle toujours à Londres].
[A partir de 1942 le Komintern cesse progressivement ses activités. Le 15 mai 1943 Staline le supprime et annonce que désormais les partis communistes « agiront dans l’intérêt de leur peuple », mesure destinée à rassurer les gouvernements alliés, mais qui a pour effet, en France occupée, de rendre les communistes moins réticents pour un projet commun].

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

Une réflexion au sujet de « Le temps des maquis – 1 »

  1. ci joint un Un beau jour, au café, sur la place centrale, il y avait une réunion. Je sortais de la réunion, le vieux Laparre m’a sollicité pour savoir exactement ce que je pensais : “viens un paou ai quicon a te dire … on a crée la légion des combattants.”. (je pensais : qu’est ce que j’en ai à faire moi de la légion des combattants- ) je répondis:” De toutes façons, moi, pour le moment, je suis le seul prisonnier de guerre rentre au pays, tant que j’aurais un million et demi de camarades qui restent derrière les barbelés je ne m’engagerai à rien” – il n’a pas insisté – de mon côté, je ne souhaitais pas avoir de discussion qui aurait pu ne pas être cordiale …… Il a ajouté: “ C’est le père de la victoire de la grande guerre qui est notre chef et c’est lui qui te sollicitera , qui te fera des offres!”- et la je suis parti, j’avais peur de trop parler, de dire, que pour moi, la guerre n’était pas terminée… On était en 1940 Pétain à constitué la légion en octobre décembre de cette année …Mais le maire ne m’a plus jamais parlé de rien.

    Quelque temps plus tard, j’allais chercher du pain au moulin de Barbas à Beauregard. On y allait en vélo car il n’y avait pas d’autre moyen de transport . …. J’arrive là-bas et je rencontre Désiré qui était en train d’attacher sa miche de pain sur le porte bagage de sa bicyclette….”Puisque tu es là, on va faire ensemble la route du retour.”..on arrive en face son allée sans qu’il ne m’ait causé de rien , on parlait du temps, du travail, ce qu’on fait à la campagne …. alors, arrivés en face son allée, on s’est arrêté et c’est là qu’il ma dit :” té j’ai quelque chose à te dire. “ (je me suis dit en pensant au vieux Laparre- il y a toujours quelqu’un qui a quelque chose à me dire!- “ De toutes façons on a constitué la Légion et on pensait à toi pour représenter le mouvement des prisonniers de guerre” .
    ..J’ai pensé::“Prisonnier oui, je l’étais, mais si je me suis évadé, si je suis revenu chez moi, c’est bien pour quelque chose”.
    Je lui ai répondu:” J’ai laissé un million et demi de camarades qui sont resté là bas, tant qu’ils ne seront pas libérés, je n’adhérerais à aucun mouvement- et j’ai ajouté- la guerre n’est pas finie -” je n’aurais pas du le dire . A t-il compris?, je crois que oui ….
    ***************
    Voilà ou a commencé la résistance : en 1940 à l’automne ……puis de fil en aiguille, …tout le monde en causait mais personne ne faisait beaucoup d’activités. Nous étions quatre au départ, comme les mousquetaires…Massondo, Dumas, Sarrodie, et moi. Nous n’avions pas d’armes à part nos couteaux de cuisine….(.Le père Fabre est venu me voir après le débarquement . Il avait appris je ne sais pas comment que j’étais dans la résistance . Je lui ai dit :” maintenant, les groupes sont formés que tu viennes ou que tu ne viennes pas ça ne changera rien”.)

    C’est mon ancien instituteur ” Bonnet” qui à lancé la Résistance sur Castelnaud, avec Goudounèche avec Meux à la Sauvetat, et bien d’autres….
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    On était en 42, on savait qu’il y avait la résistance,mais personne ne nous avait encore sollicité…On s’est demandé si on faisait quelque chose à Castelnaud et ceux qui pourraient le cas échéant être dans le groupe On s’est fabriqué un peu par nous-mêmes. ça été une auto fécondation, il y avait Massondo, Dumas le boulanger, puis aussi Charlot, Berthé et plus tard Luzorgues l’épicier…….
    L’accouchement a été long, il a fallu prendre contact avec ton père et ton grand père Bonnet qui était le responsable le plus haut.
    .
    On n’avait pas grand chose à faire :au début, j’ai camouflé des instituteurs (Lacoste de Montbahus), on les a gardé une quinzaine de jours, ils se sont mariés à Laparade ……

    Nous étions en “zone libre”, il y a eu des réfugiés venant de la “zone occupée J’ai hébergé des instituteurs qui étaient amis avec ton père. Je les ai gardé pendant une quinzaine de jours,- des instituteurs qui n’étaient pas pétinistes.
    Les instituteurs qui n’étaient pas pétinistes, soupçonnés d’être Communistes, juifs ou Franc maçons risquaient la mise à la retraite d’office, la révocation et même pire parfois.
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    Ton père par exemple, jeune instituteur à Blanquefort sur Briolance, avait, car c’était obligatoire, affiché le portrait de Pétain dans sa classe. Mais il l’avait placé derrière le tableau noir, et quand un élève était puni, il était envoyé derrière le tableau contempler le portrait du Maréchal!
    Le Maire de Blanquefort l’ayant appris, il porta plainte auprès de l’inspecteur qui pour le sanctionner le déplaça d’office à Castelnaud! Ton père à Castelnaud n’a jamais fait chanter “Maréchal nous voilà” à ses élèves! ni accompagné ses élèves à la messe ce qui était “encouragé” par la hiérarchie. Le curé d’ailleurs ne lui en jamais tenu grief ni déposé plainte . Il était sourd, pourtant il avait fait la guerre de 14 je crois qu’il ne portait pas les allemands dans son coeur.
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    Un de ses anciens élèves (mais je ne sais pas si les faits remontent avant 45 ou après) , m’a raconté que sachant que l’instituteur n’aimait pas les curés, avait avec d’autres élèves du catéchisme pissé dans le bénitier…. le curé( Andurant il s’appelait), vint se plaindre auprès de l’instituteur, et ton père les avait sévèrement punis..à l’époque il était normal de talocher les impertinents…lesquels ont mis du temps à comprendre l’attitude de l’instituteur en cette occasion.
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    Le 14 juillet 1943, ta mère et ma femme, (Vous aviez passé la nuit chez nous à “la Loge”) vers 4heures du matin sont allées cueillir un bouquet, plutôt une gerbe de fleurs des champs, bleues, blanches et rouges. Avant que les gens du village se réveillent elles sont allées fleurir le monument aux morts. La gerbe est restée plusieurs jour et personne n’a rien dit . Ce geste était formellement défendu, il n’y avait plus de fête nationale sous Vichy.
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    J’ai connu le groupe VENY de Barrès, Je les ai vu quand ils sont venus chercher mon évadé de la Centrale d’Eysses qui s’était perdu ..
    …Les évadés étaient 11 je crois et un ou deux se sont perdu , ils ont traversé le Lot en barque et se sont retrouvés sur S t Antoine au lieu de se diriger vers La Capelle. La Capelle était le point de rassemblement des évadés , Vielcazal, un résistant de St Antoine les à “récupérés.
    Quand l’évasion s’est faite à Eysses, on a délivré une douzaine de types, j’en ai gardé un …J’ai été le chercher chez Vielcazal à Beaugas, je l’ai gardé 15 jours ici ,à la ferme, il était affamé il a trop mangé et est tombé malade….J’ai pris mon vélo et suis allé voir Bonnet , je lui ai dit “je ne sais pas quoi faire , on n’a pas de docteur dans notre groupe et j’ai peur de le perdre!….” Bonnet m’a répondu crûment:” s’il meurt, tu dois l’enterrer – Tu me vois l’enterrer à la cave moi? – On est prévenu, ce sont les consignes, s’il meurt, tu l’enterres!”
    Finalement on l’a envoyé avec les autres dans un maquis à La Capelle….. , Marès et Archidice sont venus et l’ont emmené. Je n’ai pas regretté de l’avoir hébergé et nourri et finalement renvoyé presque en bonne santé. Je préfère cela à avoir eu à faire un trou profond dans ma cave .
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    Les militaires au maquis…. Ils ne comprenaient pas la situation véritable. Nous les résistants, nous avions la possibilité de cacher les réfractaires STO qui ne voulaient pas aller travailler en Allemagne , constituer des maquis, de saboter les positions militaires allemandes , les harceler, et surtout leur fiche la trouille….en attendant le débarquement. C’était limité à cala, on ne pouvait faire beaucoup plus, j’oubliais le renseignement…mais ce n’était pas ma partie…
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    Figure-toi que le parachutage, c’est toute une épopée! Le message à la radio de Londres était:”:”””L ‘échelle ’a perdu pied” . On écoutait radio Londres tous les soirs pour les messages personnels…..il est passé. Le parachutage était prévu pour le lundi 2 mai mais, il n’a eu lieu que le jeudi 4 mai. On courrait toutes les nuits là-bas sur le plateau …On était plutôt mal organisés. Heureusement qu’il n’y a pas eu d’accrochage . On avait de nombreux volontaires qui n’était pas aptes à faire cela : des gosses de 18 ans, qui n’avaient jamais entendu un coup de fusil Il y en avait quelques uns qui me foutaient la trouille – même moi, j’ai failli lâcher une grenade dans les jambes d’un gars de Montbahus . C’était au Lédat.
    Tu sais que Dubois a été accidenté par une rafale de mitraillette dans la jambe. C’est la que ça s’est passé….
    Il passait une colonne de jeunes sur la route, certains disaient que c’étaient des maquisards, d’autres des miliciens…On savait plus qui c’était! Quelqu’un a crié :”sauve qui peut!” C’est alors qu’on à repris nos mitraillettes qui étaient en faisceau . Quant à moi, j’avais un fusil mitrailleur et deux grenades …au coin du bois, je me suis caché dans un taillis en face, un petit pré de 3 ou 400m2….. je vois un type qui arrive en courant… J’ai failli dégoupiller une grenade pour lui envoyer dans les jambes…C’était un de chez nous! J’étais prêt mais j’ai eu le temps de le reconnaître! C’était après le parachutage…On avait des armes…Le débarquement avait eu lieu……. Les allemands rentraient chez-eux!

    Revenons au parachutage j’admire la précision des aviateurs anglais pour trouver le terrain et lâcher leurs parachutes.
    Il y a un “tube” qui s’est perdu et qui est tombé sur un chêne sur le chemin à côté de chez Geniès. On l’a vu pendant trois jours sur son arbre! Je n’étais pas en très bons termes avec Geniès. Il savait que Meux était dans la résistance il est allé le voir et Meux qui me l’a envoyé. Le voilà, il arrive devant la grange:””viens, j’ai quelque chose à te dire!…………..!!!!
    Quand je pense que ce parachute se voyait de Cancon!
    Il n’y avait dedans que des pansements, des cigarettes des rations..c’étaient pas des armes! …
    Le parachute s’était accroché aux branches du gros chêne et le tube était à mi hauteur accroché au parachute.
    J’ai dit à Geniès:” ce soir on se retrouve là-bas vers minuit au pied du chêne- tu porte une pelle, une bêche, et on enterre tout!” C’est ce qu’on a fait.
    Donc, avec Geniès, qui n’était pas un mauvais type mais une grande gueule, on a enterré le parachute et on s’est réconcilié
    ***********

    La nuit du parachutage, dans le bourg de Castelnaud, s’était arrêté un petit cirque, il campait sur le foirail près de l’école. Quand mon père est rentré entre 3 et 5 heures du matin un cheval du cirque était en train de s’étouffer dans son box…Mon père a ébouriffé ses cheveux, s’est mis en pyjama, et est allé donner l’alerte auprès des roulottes du cirque. Le cheval mort a été enterré derrière l’école. Je me souviens très bien du spectacle des saltimbanques très malheureux creusant un énorme trou profond et large avec leurs pioches dans l’argile grasse du champ.

    On était jeune alors…. Le soir du 2 mai 44, il y avait 1 heure qu’on était en place, on entendait les gros bombardiers protégés par des chasseurs, on a vu les fusées lumineuses au dessus de la poudrerie de Bergerac. On a assisté en spectateurs aux premières loges, au bombardement… Les avions sont repassé au dessus de nous, mais ce n’était pas pour nous qu’ils étaient venus.
    Il fallait faire un signal aux avions avec une lampe électrique. Les maquis indiquaient le point de parachutage proposé sur une carte d’état major et on faisait passer les coordonnées par radio à Londres.
    On avait balisé le terrain, on avait six lampes électriques…Quand on a entendu l’avion qui arrivait – il arrivait du côté de chez Imbert venant de Cailladelles – Il ne volait pas haut – avec nos lampes on l’a “canalisé” jusqu’au bout du tertre de …… car la tout le long c’était éclairé avec des lampes à acétylène… Il est passé une première fois, puis a été faire un tour je ne sais où…Quand il est revenu il a lâché ses oeufs . Il faisait un beau clair de lune..on voyait jusqu’à Toulouse là-bas – un incendie au loin.-
    Il y avait quatre nuits qu’on veillait , qu’on couchait sur place, on n’avait pas la tête à regarder la lune.
    IL n’était pas prévu de mettre dans le coup Dubreuil, On pensait faire le parachutage du côté du tertre de Roche ……seulement quand les avions lâchent des tubes qui pèsent 400Kg chacun ça va ou ça veut , ça fait un bruit énorme en pleine nuit (il était 1h du matin) même s’il n’y avait personne qui se promenait à cette heure, – après il fallait rentrer tout ça. –
    Nous étions 7 ou 8 pour porter les containers….Il y avait les fils Dubreuil .. Lui il nous a aidé avec sa charrette et ses boeufs. Les avions venaient du côté de La Sauvetat. Il avaient déjà parachuté chez eux. L’avion volait bas .Il remontait vers Cancon pour prendre de l’altitude et pour lâcher sa cargaison.
    Quand l’avion est repassé au dessus de chez Dubreuil, avant de s’éloigner, ça a du les réveiller . Je me suis dit : personne ne les a prévenu qu’est ce qu’on va faire? On est bien parti!
    En arrivant chez lui, il était devant sa porte! Il y avait un parachute qui coiffait son noyer! -” Allez, puisque tu es là, tu vas nous donner un coup de main!” Il a attelé ses vaches à sa charrette. Il n’avait pas prévu quand il s’est couché ce soir la qu’il transporterait des armes vers deux heures du matin!

    Vers cinq heures, il faisait jour, on avait fini on pouvait reprendre le travail normal . On avait ramassé les parachutes, on les avait roulés…sur la charrette, on avait mis tout ce qu’on pouvait et transporter dans la cabane de mon beau frère à “Lautourlou”, dans la cabane de Queille la haut sur la côte, même chez moi sous le fagotier (le tas de bois). C’étaient des cachettes provisoires car le parachutage devait partir la nuit suivante

    . Revenons au parachutage:
    C’était peu de temps avant le débarquement (Le 5 ou 6 mai), le débarquement c’était en juin…Nous avons passé plusieurs nuit à attendre:
    Le premier jour: on a vu le bombardement de Toulouse vers 11h et demie, les avions qui sont passés étaient des forteresses volantes ce n’était pas pour nous…Les avions arrivaient de la direction de Bergerac précédés par des chasseurs, ils allaient bombarder sur Toulouse. Quand on les a vus on s’est dit:””Qu’est ce que c’est que cette armada?” On n’était pas au courant, on risquait pas non plus! On a attendu jusqu’à 1h et demie du matin puis on a dormi sur place.
    Le lendemain matin:: on a attendu encore parce qu’il passait encore des avions entre 7 et 8h puis plus rien.

    Le mercredi: rien! n’empêche qu’on a été sur le terrain en cas On a couché sur place. Même s’il n’y avait pas de message à radio Londres, (on ne l’a eu qu’une fois) , on y allait tous les soirs……
    Le messages est repassé le jeudi, cette fois a été la bonne, Les parachutes sont tombés sur le plateau le champ de Roche….

    M….(?) qui élevait une centaine de moutons ou d’agneaux, a vu et entendu tout ce “trafic” toute la nuit …Il a cru qu’il s’agissait de marché noir.

    Comment avez vous évacué les containers?
    Ce fut une épreuve. Nous avons été abasourdis quand on a vu les 16 ou 17 parachutes étendus sur le sol! Il fallait les emporter . Les parachutes, ça pèse quand même 2 ou 300Kg chacun!
    On s’est demandé si le voisin Dubreuil n’avait pas entendu …tu pense bien que si! Il y avait déjà un parachute sur le noyer devant sa porte! On a dit: “pour qu’il ne parle pas, il faut qu’il soit dans le coup!” Il n’y avait pas d’autre solution.
    Quand on lui a dit, mon beau frère et moi:” Nous faisons un parachutage à côté de chez toi, tu sais ce qu’il te reste à faire, c’est de la fermer!” C’est ce qu’il a fait!

    Pendant ce temps là, les autres ramassaient les parachutes , parce que 17 parachutes étendus, on aurait dit qu’il avait neigé sur le champ! ……Toute la nuit on en a transporté, on a fait 14 voyages. On avait une paire de vaches avec un tombereau qui ne marchait pas trop bien, il n’y avait pas de phares sur la charrette!

    Le lendemain matin on avait casé, entassé, le maximum…il y avait eu du chambard dans la nuit, les avions qui étaient passés bas, et d’aucuns auraient pu se rendre compte du”trafic”. Je m’en vais chez le père Maynel pour savoir s’il avait entendu quelque chose, “ il me semble bien avoir entendu un avion qui s’était perdu “ …soulagement….

    On avait passé quatre nuits avant le parachutage et pour finir le rangement et le stockage, on pouvait bien en passer une cinquième . C’était pas léger ce qu’on trimballait tu sais!

    témoignage de georges Saphy ancienMaire de Castenaud de Gratecambe

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