La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

Table des matières

A l’approche du dénouement

Dans les semaines qui suivent le #débarquement, un élan patriotique fait croître les effectifs des bataillons, surtout après la percée d’Avranches. Et la multiplication des combats entraîne un afflux de #volontaires. Ce gonflement est favorisé par le déplacement de tous les groupes vers les villes, comme l’a décidé le #COMAC. A ces derniers #Résistants, finalement peu utilisés, on doit au moins la floraison des #brassards tricolores qui conforte l’espoir de tous (tout en faisant risquer leur vie à ceux qui les arborent) et pousse des serviteurs de l’ordre établi à se remettre en question.

Libération à Eysses

19 juillet. #Dollé arrive à #Eysses avec 2 camions et son groupe au complet. Un camion sert de bélier et défonce les portes, l’autre est prévu pour emporter les prisonniers libérés. 15 hommes bien armés pénètrent dans la cour et ordonnent de libérer 45 prisonniers dont ils ont la liste. Du coup, les prisonniers affluent ; mais Dollé s’en tient aux 45 Résistants qu’il est venu chercher et laisse là les « droits communs ». Pas de coups, pas d’effusion de sang. Les gardiens ont laissé faire, ils voulaient que les portes soient forcées pour dégager leur responsabilité.

Exemples de libération de villes

Chaque ville a connu, à la fin de l’#Occupation, une période dangereuse marquée par les incohérences d’une armée exaspérée. Suivons deux exemples étudiés par B. Lareynie :

Les évènements de Tonneins :

Le château de #Ferron, siège du commandement départemental de la #Milice, et dont le sous-sol sert de #prison pour les Résistants, est devenu le refuge des #miliciens et de leur famille. Des avions anglais bombardent le château dans la nuit du 8 au 9 août puis dans l’après-midi du 10 août, faisant écrouler un angle de la bâtisse alors que les miliciens sont ailleurs. Des Résistants enfermés, la moitié réussit à s’évader en enfonçant la porte d’un cachot. #Londres a préparé cette action en comptant que la #Résistance, importante aux alentours, allait encercler le château, libérer tous les prisonniers et, pourquoi pas ?, s’emparer des miliciens. Or l’opérateur radio du #CDR, pourtant bien équipé, n’a pas pris les messages diffusés par la #BBC !
Les miliciens et leur famille abandonnent Ferron et s’installent, très provisoirement, dans les écoles de Tonneins, avant de repartir, le 16 août, vers Montpellier.

Reddition de gradés allemands :

Par l’intermédiaire d’une secrétaire de la garnison, les Résistants du groupe #Sultan de #Clairac entrent en contact avec le lieutenant Blanke, commandant de la garnison allemande de #Tonneins, garnison formée par une horde de centaines de #Mongols. Blanke accepte de se rendre, avec ses cadres allemands, si sa reddition est camouflée en capture. Après accord, le lieutenant et 11 gradés sortent de Tonneins le 12 août. Ils sont faits prisonniers au rendez-vous prévu et conduits à Grateloup, puis à Bias.
Des pourparlers sont engagés (difficilement) avec les Mongols dont on croit qu’ils veulent se rendre à leur tour ; mais ils tirent sur les 2 parlementaires qui leur sont envoyés. Dans la nuit du 17 au 18, une colonne de 300 d’entre eux quitte Tonneins à pied.
Le 19 août, la municipalité de Tonneins se réunit en séance publique, sous la présidence du maire Etienne Vilatte et décide de démissionner, avec effet immédiat.
Le soir même, le groupe local de Résistants se réunit et prend en mains l’administration de la ville.

Les évènements de Clairac :

Le maire socialiste de Clairac, Rodolphe Roubet, a été révoqué par Vichy.
Il a été remplacé par le commandant Maurice #Baril, officier d’active, en février 1941. Celui-ci a reçu à Clairac, l’#Ecole Navale qui a déjà été transférée de Brest à Dakar en 1940, puis à Toulon jusqu’en novembre 1942. L’arrivée de ces 250 personnes, professeurs et étudiants de haut niveau, a donné un éclat particulier à la ville.
Baril a été reçu avec méfiance par ses administrés et par le personnel de la mairie, mais les préventions sont tombées quand on a vu avec quelle détermination il défendait son prédécesseur attaqué en justice.
#Bize et #Faget, qui ont créé le groupe Sultan, sont mis en confiance et reçoivent l’adhésion de Baril.
Grâce à celui-ci un poste médical et opérationnel soignera les #maquisards, un employé fabriquera les #faux-papiers, le #parachutage attendu au plateau du Télégraphe (au N-E de Clairac) se fera avec moins d’inquiétude. De plus, Baril dispose de sa filière d’évasion.
Le sort des jeunes de l’Ecole Navale est préoccupant. Ils sont en vacances et peuvent être requis à tout instant. Contacté par Sultan, le directeur, Lacaille d’Esse, ne leur donnera pas d’ordres, mais il les laissera partir. L’opération est préparée par Baril et #Lapeyrusse.
254 hommes quittent Clairac, à pied, sans armes, le 14 août à 22 h et parcourent 23 km jusqu’au Mas d’Agenais. Un détachement armé de Résistants est posté à chaque point névralgique, croisement, passage d’un pont ou de la voie ferrée. Arrivés au Mas sans autre désagrément que la fatigue d’une nuit de marche, professeurs et étudiants sont embarqués sur les camions du Bataillon #Néracais.

18 août, avant le jour, la colonne de 300 Mongols, arrive à pied de Tonneins en ayant fait quelques prisonniers au hasard des rencontres. Faget s’est replié à temps de l’autre côté du Lot par le pont qu’il défend, avec quelques hommes, au fusil-mitrailleur et au mortier.
Une autre colonne d’Allemands arrive d’Aiguillon, ce qui montre bien que l’investissement de la ville est prémédité, sans doute pour punir Sultan de l’enlèvement de Blanke. Baril les affronte et s’adresse à eux en allemand, mais il est fait prisonnier comme les autres.
Les Mongols repartent, toujours à pied, pour Aiguillon avec leurs otages dont Baril et #Kowalski (« Georges ») parachuté d’Angleterre. Le Bataillon #Labrunie, qui a quitté #Cancon pour les rives du Lot, est alerté. Il se rend sur place, au complet, mais ne peut pas intervenir car il aperçoit les otages au milieu de la colonne et une attaque mettrait leur vie en danger.
Arrivés à #Aiguillon, les otages sont enfermés pour la nuit dans le sous-sol de l’école primaire supérieure. Ils sont tous relâchés le lendemain matin, sauf Baril et Georges, que les occupants emmèneront dans leur retraite jusqu’à Limoges où ils seront libérés le 1erseptembre.

Agen

#Agen est maintenant entourée par les principaux Bataillons. #Prosper s’est avancé jusqu’à #Foulayronnes (il a eu, en passant à #Artigues, un sérieux accrochage avec les Allemands).
#Vény est à #Bon-Encontre; le Bataillon Néracais et #Arthur sont en vue de la #Garonne; #Jasmin a une antenne à l’#Ermitage. Les Allemands en sont conscients.
Les chefs des #maquis ont réussi à faire comprendre à leurs troupes que, quelle que soit l’envie qu’on ait d’occire les occupants, il faut attendre leur départ, inévitable. Les attaquer plongerait la ville dans un inutile bain de sang.
Les soldats allemands sont de moins en moins visibles; faute de carburant ils ne circulent plus en voiture ni en side-car. Ils craignent de ne pas pouvoir quitter la ville en camion quand le signal sera donné. C’est pourquoi le 18 août, postés au Pont de pierre, ils raflent les vélos dont ils font descendre les utilisateurs. Le gendarme #Mauriès, en tenue militaire et en route pour prendre son service, est délesté de sa bicyclette au croisement des boulevards…

Témoignages sur l’importance du rôle des maquis

Maréchal Von Rundstedt, commandant en chef, en France, en 1944 :

« A partir de janvier 1944, la situation dans le Sud de la France devint si périlleuse que tous les responsables militaires parlaient de révolte générale. Ils devinrent si fréquents que des formations entières ou des escortes d’officiers furent encerclées par des bandes armées plusieurs jours durant et parfois, si le lieu était isolé, carrément tuées ».
Memorandum du 10 octobre 1945, cité par Foot, p.484.

Général Marshall, chef d’Etat-Major des armées américaines :

« la Résistance a dépassé toutes nos prévisions. C’est elle qui, en retardant l’envoi des renforts allemands et en empêchant le regroupement des divisions ennemies à l’intérieur, a assuré le succès de nos débarquements. Sans vos troupes du maquis, tout était compromis ».
Conférence de presse du 19 mars 1946 à Paris. Le général Marshall, commandant en chef de toutes les armées américaines a désigné Eisenhower pour conduire le débarquement de Normandie (et Mac Arthur pour celui du Japon). C’est lui qui a établi ensuite le Plan d’aide à l’Europe dévastée.

Général Eisenhower, Commandant de l’opération Overlord :

« Notre QG estimait que, par moments, la valeur de l’aide apportée par les FFI à la campagne, représentait l’équivalent en hommes de 15 divisions d’infanterie et, grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance à travers la France fut grandement facilitée ».
Rapport sur les opérations en Europe des forces expéditionnaires 1948.

Général De Gaulle :

« A la fin du mois de juillet, les Forces Françaises de l’Intérieur retiennent devant elles huit divisions ennemies, dont aucune ne pourra renforcer celles qui se battent sur le front…
Trois Panzer divisions, que le commandement appelle d’urgence en Normandie pour qu’elles s’engagent dans les quarante-huit heures subissent d’énormes retards […] La 2ème Panzer SS dite « Das Reich », partie de Montauban le 6 juin et qui ne peut utiliser les voies ferrées –toutes hors d’usage — voit ses éléments arrêtés […] Le 18 juin seulement, elle arrive à Alençon, épuisée et décimée… »
De Gaulle « Mémoires de guerre » tome 4, chapitre « Combat »

 « Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

Liste de tous les articles de la catégorie :

La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

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