La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

Table des matières

Deux bombardements, des escarmouches meurtrières, de tragiques rencontres

 [Les nombres de victimes, approximatifs, sont ceux que les survivants ont rapportés]

Les Allemands et la Milice s’acharnent particulièrement sur le canton d’#Houeillès où s’est fixé le Bataillon #Arthur qui les a chassés de #Casteljaloux pendant quelques heures le 10 juin. A Houeillès, le 13 juin une femme est tuée par une bombe lâchée d’un avion.
Le 14 juin, 4 bombardiers y lâchent 60 bombes de 50 kg, jettent des plaquettes incendiaires et mitraillent des gens qui essaient de s’abriter derrière le château d’eau. Le bombardement aérien détruit plusieurs constructions dont la gendarmerie d’Houeillès. Henri #Bettancourt, maquisard du groupe Arthur, tire, au fusil-mitrailleur, sur un des avions qui s’abat en flammes près du #Placiot. Arthur déménage son PC d’Houeillès à #Lubans, le hameau le plus perdu du Lot-et-Garonne, à 5 km à l’Ouest d’ #Allons. Il est attaqué en route, le lendemain, par une embuscade de la Milice qui y perd 27 hommes (contre 1 tué et 1 blessé au maquis). D’où une expédition punitive : le 17 juin, 350 SS, guidés par les miliciens, attaquent Allons avec des blindés. 4 maquisards blessés sont capturés et torturés avant d’être déchiquetés par les balles sur la place autour de laquelle quelques maisons sont brûlées.
Le 20 juin, le Bataillon Deutschland effectue un raid terroriste. Venant de Port-Sainte-Marie et accompagné de miliciens, il fait irruption à Houeillès en tuant sans sommation le conducteur d’un camion à son volant. Il rassemble 15 personnes au lavoir, en fusille 4 puis en tue 2 qui arrivaient dans un autre camion, enfin en emporte 5 qui seront déportées.
Le 22 juin, Arthur tend une embuscade à #Boussès et tue 20 Allemands sans avoir de pertes.
On pourrait s’étonner de ce déséquilibre (peut-être exagéré) si on ne tenait pas compte du fait que les Allemands, qui ont peur de pénétrer dans la forêt, restent sur les routes, alors que les maquisards, qui y vivent, s’y sentent chez eux. Et il faut compter aussi avec la répulsion des populations rurales pour les occupants, alors qu’elles sont toujours prêtes à être complices des maquisards, même quand ceux-ci attirent la foudre.
Le 25 juin, un détachement de 600 Allemands, spécialisés dans le traitement des maquis, arrive de Bordeaux à #Allons, après avoir engagé un furieux combat avec le Bataillon #Mickey en passant à Lerm (Gironde). Cette fois, dès que l’alerte est donnée à Allons, les habitants fuient dans les fourrés et dans les bois. 3 habitants qui ne sont pas partis sont fusillés ; maigre bilan.
Avant de repartir les Allemands brûlent quelques maisons, puis s’en prennent au groupe de #guérilléros qu’ils savent fixés à #Lestaget, à 2 km au Nord-Est d’Allons : ils mettent le feu à la forêt, avec des lance-flammes, le long de la route Allons-Sauméjean. Aussitôt les guérilléros établissent un contre-feu, brûlant l’espace devant Lestaget. Deux avions allemands, guidés par la fumée, s’approchent, tirent des rafales et lâchent des chapelets de bombes sur Lestaget, mais les guérilléros se sont camouflés dans le creux du ruisseau affluent du Ciron et s’en tirent bien. Une forte pluie d’orage tombe à point nommé pour éteindre l’incendie.
Le 30 juin, les Allemands reviennent à Allons, à 4 h. du matin pour éviter de faire encore chou blanc. Ils réveillent les habitants et les martyrisent pour leur faire dire où se trouvent les maquis. Le maire #Bentéjac et l’instituteur #Arasté sont menottés et violemment fouettés. Arasté est conduit à Tour-Neuve et attaché au premier étage d’une maison abandonnée que ses tortionnaires incendient avant de partir. Il réussit à se libérer à temps.
Les Allemands continuent jusqu’à Boussès où ils incendient la mairie, l’école et le presbytère.
Le groupe Arthur les surprend et en tue une vingtaine qui ont eu peur d’entrer dans les bois. Enfin dernière épreuve pour le canton d’Houeillès, l’occupation par les #Hindous du 6 au 13 août.

[Un agitateur indien, Chandra Bose, milite pour l’indépendance de l’Inde mais s’oppose à Gandhi sur les moyens à employer. Partisan de l’action violente il gagne Berlin en 1941, alors que la 3ème brigade motorisée britannique, formée d’Hindous, est faite prisonnière en Libye par Rommel. C’est parmi ses membres que sera constituée une « légion indienne »   envoyée sur le Mur de l’Atlantique autour de Lacanau. La surveillance des plages landaises étant devenue inutile ces Hindous sont substitués par endroits à la division Das Reich.]

Ces soldats hindous effraient la population; ils sont armés et de moins en moins contrôlés. On ne peut prévoir ni leurs exigences ni leurs réactions : ils ravagent le canton qu’ils pillent sans retenue: ils entrent dans les maisons où tout ce qui a quelque valeur est volé. Ils arrêtent et incendient sans raison. Ils évacuent Houeillès le 13 août.
Le Corps Franc #Max, du #Bataillon Néracais, est chargé d’interrompre le trafic ferroviaire de la ligne Bordeaux-Sète entre Aiguillon et Colayrac et les lignes de transmissions dans le même secteur, ce à quoi l’État-major interallié accorde beaucoup d’importance.
Dès la nuit du 7 au 8 juin, Max coupe les câbles téléphoniques souterrains sur le pont du canal à #Damazan, et laisse une quinzaine d’hommes en embuscade. Le 12 juin il fait sauter à Aiguillon l’un des 3 petits ponts de chemin de fer, avec la participation de FTP de l’endroit (dans l’action se produit le décloisonnement entre groupes, auquel les chefs FFI n’étaient pas parvenus). La voie est réparée le jour même mais le trafic est retardé. Le 13 juin, un détachement allemand vient remettre en état le câble coaxial téléphonique; il est mis en déroute ; une dizaine d’Allemands sont tués, les autres prennent la fuite.
Le 20 juin, au Placiot, le capitaine Koël de la Gestapo est capturé et son chauffeur tué par le groupe d’ #Ambrus du Bataillon Néracais. On trouve sur le capitaine une carte de la région où sont portés les emplacements des maquis, auxquels l’alerte est donnée. En représailles les SS mènent une opération anti maquis dans la région de Nérac : 27 Allemands tués, 12 FFI.
Le 3 juillet, au carrefour que domine #Tournon, une rencontre fortuite devient un combat. Un camion d’un maquis Vény, chargé de 7 Résistants s’est arrêté devant le café où le chauffeur est entré pour un renseignement. Une automitrailleuse, qui précède une colonne de blindés, surgit de la route de Cahors et ouvre le feu, tuant 5 Résistants ; les deux autres sont faits prisonniers, torturés, amenés devant la population rassemblée, puis fusillés.
Un canon, mis en batterie pour interdire la route d’Agen, arrête un autre camion Vény qui se dirigeait vers Fumel. Le combat reprend pendant que Tournon est mis à sac. Vény informé, envoie, de Fumel deux camions d’hommes armés qui se camouflent en arrivant à Tournon. Deux éclaireurs pénètrent en ville et trouvent le maire qui leur dit ; « Quittez le village, vous allez tous nous faire tuer ». Peu après les Allemands s’en vont, sans que ce troisième groupe de Vény ait eu à intervenir.

Le 8 juillet à #Sacou (2 km S-E de Monflanquin), une voiture d’officiers FFI de différents groupes se dirigeant vers Lacaussade, croise un convoi allemand. Fusillade immédiate. Le capitaine #Ordy (de #Col Dur), seul rescapé français, sera libéré après 3 semaines de détention, échangé contre un milicien.
Le 8 juillet aussi plusieurs commandos allemands convergent de nuit vers Ambrus tenu par la compagnie #BirHakeim (du bataillon Néracais) ; ils surprennent à l’aube la garde aux Raguets ce qui alerte le gros de la compagnie, qui réussit à s’éclipser. 4 victimes.
Le 11 juillet Le Groupe #Surcouf (du Bataillon Arthur) est attaqué par un détachement de #Mongols, précédé d’une compagnie de miliciens, à son cantonnement près de #St Robert. La surprise est telle que peu de maquisards peuvent se saisir de leurs armes. Alors ils s’échappent vers le bois de Courtil en rampant dans les sillons d’un champ de vigne fraîchement labouré pendant que les Mongols tirent au fusil sur leur droite et les miliciens au fusil-mitrailleur sur leur gauche. Finalement le tir d’un Mongol élimine le fusil-mitrailleur (intentionnellement ?) et les maquisards, ayant pu se mettre à l’abri dans le bois de Courtil, commencent une longue marche de nuit qui les sortira d’affaire.

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

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La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

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