La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

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Villages sous la terreur

[Dans cet essai de mise en perspective des évènements lot-et-garonnais dans la guerre mondiale, il n’est pas possible de relater tous les faits qui se sont produits en juin, juillet et août. Seuls les plus importants ou les plus typiques seront cités]7 juin. Deux drames marquent le début de cette période ultime où les Allemands jouent leur va-tout.

Dans la nuit du 6 au 7 juin la Gestapo arrête, à Agen, sur dénonciation, deux Résistants chez lesquels elle trouve des brassards tricolores, des récepteurs radio et une carte localisant des groupes de Résistants. Torture rue Louis Vivent. Dans la matinée, la documentation recueillie détermine la poursuite de l’action.
Une colonne de SS, partie d’Agen en camions, monte au château de Laclotte au-dessus de Castelculier où des Résistants du groupe Estreguil (CF Pommiès) sont en train de se répartir des armes et des tâches. Pour permettre à ses camarades de fuir par le plateau, le jeune André MAZEAU, armé d’un fusil-mitrailleur, ouvre le feu sur la colonne quand elle s’engage dans l’allée qui mène au château, et tue l’officier allemand qui est en tête. MAZEAU meurt criblé de balles. Les Allemands ne font qu’un prisonnier. Ils se vengent en assassinant neuf personnes en contrebas du château.

Ils reprennent leurs camions et arrivent à Saint-Pierre-de-Clairac. Une formation de Résistance (CF Pommiès) s’est récemment organisée au village. Des armes stockées jusque-là, ont été distribuées le 6 juin. Dans l’après-midi, les Allemands, conduits par Henri HANACK, agent de la Gestapo, assiègent le village et tuent Marcel JUTEAU et Eugène BALSAN, deux Résistants parmi les premiers. Une de leurs voitures va droit à l’épicerie où a eu lieu, la veille, la répartition des armes. HANACK y trouve la liste, en clair, des noms des Résistants du village et des armes distribuées à chacun d’eux. Devant l’épicerie, liste en mains, HANACK fait l’appel ; les dix Résistants reconnus sont ensuite tués par les Allemands à  l’entrée du village.

8 juin à l’aube: les bataillons blindés de la division « Das Reich » reçoivent l’ordre de rejoindre la Normandie. Départ en camions parce que la voie ferrée directe Agen-Paris a été rendue inutilisable de Port-de-Penne à Périgueux. Sur leur itinéraire des équipes de Wheelwright font sauter les dépôts d’essence dont Hilaire a planifié le sabotage. Alors tous les blindés de Das Reich convergent vers la gare de Périgueux d’où partiront vers Tulle, les 13 et 14 juin, 15 trains chargés de chars. Souvent mitraillée et retardée, Das Reich arrivera dispersée et très affaiblie dans la zone des combats où elle sera détruite par la 2ème DB.

9 juin. Des personnalités agenaises, nommées par PETAIN et devenues suspectes, sont arrêtées par les Allemands avant le lever du jour et conduites au siège de la Gestapo : le maire d’Agen, BONNAT; le préfet TUAILLON ; NIEL, directeur des postes… L’évêque, Mgr RODIE, arrêté par le milicien DELPUCH dit « Bouboule » y est conduit aussi. Ils partent pour le camp de Neuengamme, sauf l’évêque, relâché en route. Ils y subissent à l’arrivée le dépouillement, la douche, la tonte, la tenue rayée. BONNAT ne reviendra pas. Il mourra du typhus au lendemain de la capitulation allemande.

9 juin aussi : le combat de Lorette (à 11 km à l’Est de La Réole). Dans le morceau de Gironde rattaché au Lot-et-Garonne des Résistants réolais de divers réseaux AS et FTP se retrouvent dès le débarquement au hameau de Lorette pour se répartir les armes stockées au lieu-dit « Carnélos ». Ils sont surpris le 9 juin par les Allemands qui les cernent. Après un combat inégal entre un fusil-mitrailleur et les obusiers des assaillants, la plupart des Français s’enfuient par un chemin creux, abandonnant deux blessés graves.Mais les jours suivants les Allemands, aidés par la Milice, procèdent à de nombreuses arrestations.

Le 10 juin, LAVAL supprime les Chantiers de Jeunesse et réquisitionne, aussitôt, les jeunes qui y étaient, pour le STO. Dans ces Chantiers, ouverts en forêt depuis 1941, tous les jeunes Français doivent effectuer un stage pendant 8 mois. Les cantons de Casteljaloux et d’Houeillès abritent une importante unité, dite
« Groupement 47 » qui a compté un millier de jeunes avant que ne commence la décrue vers les maquis voisins.

Dès que la nouvelle de la fin brusque des Chantiers est connue, les jeunes qui y sont encore, et leurs cadres, s’échappent avant que la police ne les embarque pour l’Allemagne. Imbibés de propagande anticommuniste et antigaulliste, ils choisissent d’entrer à l’ORA, qui se veut apolitique. C’est pourquoi ils s’adressent à CELERIER qui les prend en charge et les intègre aux Corps Francs Pommiès.

Au même moment, le 10 juin, le général KORNIG, toujours à Londres, ordonne, par peur de voir détruire des ouvrages dont les Alliés auront besoin, de freiner la guérilla dans les zones éloignées du front. Chez nous, les accrochages continuent au hasard des rencontres.

Un pays réel, de moins en moins secret, de plus en plus fort, émerge à côté d’un pays légal agonisant, même si DARNAND, devenu « ministre du maintien de l’ordre » (tout en restant chef de la Milice) multiplie les Cours martiales. Sur le terrain, les exactions deviennent épouvantables comme le montre l’exemple suivant :
16 juin : Monbalen
La « Révolution Nationale » prône le retour à la terre et PETAIN, en souvenir des soldats de Verdun, s’intéresse plus aux paysans qu’aux ouvriers. Les paysans, regroupés dans la « Corporation paysanne », ont été conduits au syndicalisme malgré leurs préventions. Alors qu’en ville les réunions sont interdites, elles sont courantes dans les villages sur convocation d’un syndic librement élu. Le 16 juin, les agriculteurs de la commune de Monbalen, hommes et femmes, sont réunis au café de VERGNERES, qui est à la fois cafetier et syndic.
Il faut prendre des dispositions pour la « soudure » du blé car, cette année, les réquisitions sont telles qu’il ne restera plus assez de grains pour ensemencer… Et, comme il arrive quelques fois, on pense aussi aux enfants et neveux qui sont quelque part dans la nature, sans tickets de ravitaillement…
La réunion s’achève vers 16 h. et les paysans commencent à sortir du café quand arrive un détachement de SS conduits par le milicien « Bouboule ». Le café est encerclé et des soldats se massent dans les prés voisins. Hommes et femmes sont séparés. Le maire Reyssac, ainsi qu’une dizaine pris parmi les plus jeunes, doivent se coucher sur la route, les bras en croix, face contre terre. Pendant ce temps tout est fouillé chez Vergnères, sans résultat.
A ce moment arrivent deux voitures d’un maquis Vény, de Laroque, allant vers Port-Sainte-Marie par un itinéraire détourné. Aussitôt le combat s’engage. Les trois occupants de la première voiture, armés, sont tués au fusil-mitrailleur. En les fouillant les Allemands trouvent sur l’un d’eux une courte liste de noms dont ils se persuadent que c’est celle des paysans qui ravitaillent le maquis. L’autre voiture réussit à s’échapper. Ses occupants, blessés, reviendront à Laroque où ils cacheront leur voiture et où ils seront soignés par le docteur Valois.
Trois paysans dont le nom se trouve sur la liste : Séguy, Vergnères le syndic, et Léopold Filhol sont longuement torturés jusqu’à ce que l’un d’eux dévoile l’emplacement d’une cache d’armes et de blé. Ils sont ensuite abattus sur le bord de la route. Les soldats, excités, continuent de tirer en prenant pour cibles les paysans revenus au travail, comme d’autres l’ont fait à Laclotte. L’un d’eux, Elie Daban, blessé à la tête, agonisera seul dans son champ.
Le détachement reprend sa route vers #Laroque, à la recherche de l’autre voiture. Il abat au passage une personne sur le pas de sa porte. Au bout d’un moment, ne retrouvant pas les maquisards qu’ils sont venus chercher, les Allemands décident de détruire Laroque quand une jeune alsacienne réfugiée, qui les a écoutés et a compris ce qu’ils préparent, s’adresse à leur chef et réussit à le convaincre d’arrêter ses ravages.

En puisant dans l’abondant martyrologe de notre département, on trouvera de nombreux autres exemples du même genre dont on va mentionner ici les plus connus.

A #Buzet le 22 juin, sur dénonciation, le village est cerné, les maisons sont fouillées, les habitants rassemblés sur la place. Un milicien tenant une liste et un officier SS contrôlent les identités. Ils laissent 7 fusillés sur la place.

A #Saint-Sixte, le 23 juin, sur dénonciation, des roulottes de forains sont cernées puis pillées par des SS. La découverte de carabines à bouchon pour les fêtes foraines déclenche le carnage : 2 hommes tués, 6 femmes et 6 enfants de 19 jours à 14 ans.

Puis en passant à #Caudecoste, les mêmes pendent un paysan, avant d’aller cerner le village de #Dunes, où ils arrivent avec une liste. Ils y pendent 11 habitants, en mitraillent un autre, et en éventrent au sabre un 13ème.

A #Laparade le 12 juillet, sur dénonciation, les Allemands conduits par les miliciens, fusillent 6 Résistants.

A #Tourliac, le 14 juillet, sur dénonciation, 11 maquisards sont fusillés pendant que le reste du bataillon #Cassé est au monument aux morts de Villeréal pour la fête nationale…

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

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