Noêl 1944 au camp de Dachau

Jacques CHANTRE, ancien déporté, se souvient de ce Noêl 1944 au camp de Dachau

Il avait neigé et le froid était très vif. Dans le baraquement non chauffé des stalactites de glace un peu jaunes, de 15 centimètres, pendaient des chevrons qui soutenaient la toiture sans plafond.

Les SS ne nous ont ni comptés, ni conduits à l’usine de la BMW qui fabriquait des moteurs d’avions et de chars d’assaut.

Mais ils nous avaient fait distribuer un colis de 2 ou 3 kilos de la Croix Rouge Française, et seulement aux Français : 500g de haricots blancs, deux paquets de cigarettes, une petite plaque de chocolat, deux barrettes de pâtes de fruits et un paquet de sucre.

Nous avons pu allumer du feu dans le poêle en briques avec des chutes de bois des échafaudages du chantier de construction de l’usine nouvelle pour faire cuire nos haricots.

Enfin nous avons pu nous rendre dans le baraquement où Georges Briquet, animateur du Tour de France et déporté comme nous et quelques déportés – artistes ont chanté, joué des sketches.

J’ai en mémoire des bribes de chanson :

« Je te sens …dans mes doigts… si petite

Si petite… au fond de moi… »

Et nous de rire un peu jaune car nous étions affamés et très faibles. Cependant, nous savions que les armées allemandes étaient battues à l’est comme à l’ouest.

Nous avons compris que les SS essayaient d’amadouer les Français en nous donnant des colis. Ils nous en ont donné un autre la semaine suivante, d’ailleurs que nous avons un peu partagé avec les non Français du baraquement. Il en a été ainsi dans tous les baraquements.

Ces deux colis m’ont un peu et même beaucoup aidé à supporter le travail sur la voie de chemin de fer quand les SS ont dû arrêter le travail à l’usine car les matériaux n’arrivaient plus… et la ration de pain avait diminué.

 

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