Les signes de la première résistance

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La première Résistance

 L’armistice écrase le pays. Les Allemands s’attribuent les 2/3 de la France jusqu’à une ligne de #démarcation, quasi-infranchissable, qui passe par Langon et Mont-de-Marsan et qui provoque le rattachement d’une partie de la Gironde – avec La Réole – au Lot-et-Garonne.

La France doit payer, pour « frais de l’armée d’occupation », 400 millions de francs par jour jusqu’au rétablissement de la paix (qu’on imagine proche). Avec ces sommes, les Allemands font main basse sur nos réserves et notre matériel roulant.

Ils détiennent 1 850 000 prisonniers, dont la plupart sont encore parqués en France, dans 121 « frontstalags » établis, pour un an ou deux, de Dunkerque à Onesse dans les Landes et à Peyrehorade, en pays basque. Ces prisonniers ne seront pas libérés. Main d’œuvre gratuite, ils partiront, par milliers chaque jour, pour l’Allemagne où ils seront internés quand des Stalags et des Oflags seront prêts pour les recevoir. Nos soldats noirs dits « Sénégalais », dont les Allemands ne veulent pas sur leur sol, seront maintenus dans quelques frontstalags (comme celui de la Burthe à 5 km à l’Ouest de Villandraut) jusqu’en 1944. Certains s’évaderont et rejoindront des maquis.

Le vainqueur consent à ce que la France reconstitue une petite armée limitée à 100 000 hommes, appelée « Armée de l’armistice » dont Agen recevra un régiment en garnison (le 150ème RI). Tout l’armement de nos armées est confisqué par une commission allemande présente dans chaque département. Les civils sont désarmés par le gouvernement français qui rappelle un décret du 10 mai 1940 leur ordonnant de remettre aux gendarmeries toutes les armes à feu en leur possession, même les fusils de chasse et les plus petits révolvers.

Pétain, installé à Vichy, reçoit, des Chambres, le pouvoir absolu qu’il leur a demandé. Il supprime les partis politiques et les loges maçonniques, puis les syndicats. Il crée pour les anciens combattants de 1914-1918, et pour ceux de 1939-1940 restés libres, la « Légion des Combattants » dont il attend un ferme soutien. Il décrète un « Statut des Juifs », qui alerte l’opinion à Agen ; puis il rencontre Hitler à Montoire (24 octobre 1940). Il accepte « l’Ordre Nouveau » (#racisme, culte du chef, hégémonie de l’Allemagne) et annonce aux Français une politique inattendue de
« collaboration » avec les vainqueurs.

Le mot de République disparaît, remplacé par « Etat français » avec pour devise « Travail, Famille, Patrie ». Les bustes de Marianne sont enlevés des mairies et remplacés par des bustes de Pétain en terre cuite. Dans la cour d’honneur de nos lycées, et dans celle des collèges, est institué le lever des couleurs qui s’accompagne de
« Maréchal nous voilà », chanté en chœur par tous les élèves (en principe). Jeanne d’Arc devient l’objet d’un culte national. Les 11 mai, des processions de toutes les écoles seront organisées devant ses statues ; à Agen, il n’y en a qu’une, dans la cour du collège Saint-Caprais, qui ouvre toutes grandes ses portes à l’interminable défilé. Quelques adolescents, mauvaises têtes, refusent d’entrer et c’est leur premier acte de Résistance.

Les programmes d’Histoire, arrêtés à 1904, font disparaître la guerre de 1914-1918 et la victoire française ; ils nous privent par conséquent de l’Alsace-Lorraine. Les étrangers, républicains espagnols, juifs récemment arrivés d’Europe centrale, réfugiés politiques qui bénéficiaient jusque-là du droit d’asile, sont regroupés d’office, dès septembre 1940, en #GTE (Groupe de Travailleurs Etrangers) envoyés dans des camps d’internement où les gardiens, Français, s’illustrent par leurs insultes, leurs humiliations, leurs brutalités. En Lot-et-Garonne cependant, le château de #Tombebouc (Allez-et-Cazeneuve) et le camp de #Casseneuil connaissent un régime exceptionnel avec des chefs qui se montrent humains, organisant un foyer avec bibliothèque, mais qui ne s’opposeront pas au départ des juifs vers l’Allemagne. Xavier Valat, député de l’Ardèche, qui s’est depuis longtemps distingué par son antisémitisme, est nommé Commissaire aux Question Juives pour imiter les lois nazies.

Par la suite, les fonctionnaires, magistrats et officiers devront prêter serment de fidélité au Maréchal. Les maires des villes ne seront plus élus mais nommés par les préfets parmi les « bons Français» et choisiront eux-mêmes les conseillers municipaux.

La France est écumée par les vainqueurs qui s’emparent, après nos armes, de nos locomotives, de nos wagons, de nos poids lourds, de nos autobus. Le blé, le beurre, l’huile, le café, les agrumes, les légumes secs disparaissent. Dès l’été 1940, dans ce pays qui regorgeait de tout et qui, désormais, nourrit l’Allemagne en guerre, le #rationnement est installé, avec des #tickets pour le pain, le sucre, les pâtes, l’huile, le savon puis pour le tabac, le vin, les chaussures, les vêtements… Mais chacun se dit que ça ne durera pas.

Dans la torpeur qui suit le désastre, la Résistance individuelle est instinctive mais inorganisée. Elle commence dans l’isolement, hors de tout plan d’ensemble: des adolescents tracent furtivement des croix de Lorraine ou lacèrent les premières affiches à la francisque. Les samedis soirs de beau temps, la musique du 150ème joue des airs connus au kiosque du Pin. Quand, à la fin, arrive le Chant du Départ, le public fredonne « la République nous appelle… ». On commence à écouter la radio anglaise (BBC) dont les émissions en français sont coupées de brefs et obscurs messages. Le ralliement de la colonie du Tchad à De Gaulle alimente, à la rentrée d’octobre 1940, les conciliabules des grands lycéens qui ne s’en laissent pas conter.

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

Liste de tous les articles de la catégorie :

La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

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