Le Programme National de la Résistance

Le « Programme d’actions de la Résistance » (qui deviendra le P.N.R., « Programme National de la Résistance » ) fut adopté à l’unanimité le 15 mars 1944 par le Conseil National de la Résistance (C.N.R.)

Ce « programme d’action immédiate » définit les conditions d’une véritable libération nationale et appelle à l’engagement massif des Français dans un combat immédiat, incessant, et multiforme.

Les mesures à appliquer pour la libération du territoire dessinent, dans les domaines politiques, sociaux, économiques, les traits d’une République nouvelle, profondément démocratisée.

Rappel historique sur cette Résistance plurielle et profondément démocratique

Réuni pour la première fois le 27 mai 1943 au 48 rue du Four dans le 6e arrondissement de Paris, le Conseil national de la Résistance regroupe représentants des mouvements de Résistance (Libération-nord et sud, Combat, Franc-tireur, OCM, Front national, Ceux de la Libération et Ceux de la Résistance) des partis politiques (PCF, SFIO, Parti radical-socialiste, Parti démocrate Populaire, Fédération républicaine, Alliance démocratique) et des confédérations syndicales (CGT et CFTC). Présidé par Jean Moulin, il adopte, après débat,  une motion de soutien au général de Gaulle « qui fut l’âme de la Résistance aux jours les plus sombres et qui n’a cessé depuis le 18 juin 1940 de préparer en pleine lucidité et en pleine indépendance la renaissance de la Patrie détruite comme des libertés républicaines déchirées

Le C.N.R.

Chaque organisation a ses caractéristiques propres ; les conceptions du combat, les visions de la France libérée y sont différentes, parfois opposées. Cependant, sous des formes diverses, leurs actions ont comme objectif la reconquête de l’indépendance nationale. Ce fil conducteur commun se révèle de plus en plus dans la presse clandestine et les émissions françaises de la B.B.C., ainsi que dans certaines actions patriotiques (ainsi les 14 juillet).

Le processus de rapprochement s’accélère en 1943. L’oppression et l’exploitation du pays par l’occupant atteignent un degré insupportable, dont le S.T.O. donne la mesure, au moment où le gouvernement de Vichy s’enfonce totalement dans la collaboration. A cette véritable  » destruction de la nation française « , la Résistance doit faire face. Elle doit devenir une force offensive d’ampleur nationale.

Il faudra des mois pour que réticences et oppositions soient surmontées au cours de multiples (et dangereux) contacts où Jean Moulin joue un rôle essentiel. La réunion du C.N.R., le 27 mai 1943, sous la présidence de Jean Moulin, traduit la réussite de l’opération. Les 16 représentants des principales organisations clandestines ont mission de diriger la lutte du peuple français sur son propre sol, en liaison avec le C.N.F. que préside le général de Gaulle (dont Jean Moulin est le délégué).

Le C.N.R. donne à la Résistance intérieure une cohérence et une force d’attraction qui en font, face à l’occupant et à Vichy, le pôle de rassemblement de la nation. Il apporte au général de Gaulle le poids d’une représentation nationale qui lui permet, face aux Alliés (surtout américains) de parler au nom de la France. Le C.F.L.N. (Comité Français de la Libération Nationale) créé à Alger, le 3 juin 1943, fonctionne comme un Gouvernement Provisoire de la République Française (G.P.R.F.).

Et pendant ce temps…. en Lot et Garonne…

Un article de Jean Mirouze dans notre journal le« Trait d’Union » en mars 2009, nous rappelle l’impact de cet évènement dans notre département,

« Adopté à l’unanimité après 9 mois d’échanges, dans les conditions difficiles de l’illégalité, par tous les mouvements, Partis et syndicats résistants, le 15 Mars 1944, il donna un formidable élan à l’Union, à l’action pour réussir le soulèvement National de tout un peuple pour sa Libération. Ce fut très dur et très coûteux, mais l’espoir fut plus fort que tout. Le 19 Août, Agen et le département se libéraient.

Ce fut ce jour là, le 15 mars que vit le jour le Comité départemental de La Résistance, au cours d’une rencontre à Montauriol, où les habitants gardent avec fierté une plaque sur un mur de leur place, pou immortaliser cet événement majeur. Le premier acte de ce comité fut d’approuver, la teneur du texte, qu’un émissaire leur apporta de Toulouse, qui était l’inter région de La Résistance. Nous avons rappelé cela à plusieurs reprises à Montauriol, au cours de manifestations émouvantes.

A la libération , le Lot et Garonne élargi a une zone allant de Langon à Valence d’Agen et de Mont de Marsan au Fumélois, comptait 12000 FFI, dans les forces armées maquisardes. Et en dépit d’un armement très difficile de forts contingents firent partie de la première Armée de Delattre et à l’Ouest des forces Armées qui livrèrent une longue et dure bataille sur les fronts du Médoc, de Royan et La Rochelle.

Il faut se souvenir aussi que l’ensemble de la population émergeant de 4 ans de nuit noire et de souffrances acquit en quelques jours le sens de l’organisation, sans lequel on reste isolé et impuissant. Outre la montée phénoménale des effectifs des Partis de La Résistance, on put constater dans le département: 20000 adhérents à la CGT, plusieurs milliers à la CFTC.

Les comités d’action paysanne ne furent pas en reste, comptant 16000 adhérents qui créèrent ensuite les syndicats paysans et la CGA.

Les comités de femmes constitués dans la clandestinité, constituèrent l’Union des femmes Françaises, tenant leurs assises à Agen et couvrirent villes et villages, avec des milliers d’adhérentes.

Quant aux jeunes ils ne furent pas en reste. De 15 à 25 ans les jeunes s’organisèrent par milliers, créant le service civique volontaire, les stages de préparation militaire avec plus tard le concours de la gendarmerie, s’exprimant même à la radio, pour réclamer la reconnaissance du rôle capital des jeunes dans la résistance. Eux aussi ils revendiquaient de devenir des citoyens majeurs, avec notamment le droit de vote à 18ans, le droit à l’instruction pour tous, le droit et les moyens d’installation pour les jeunes de la campagne etc…

Inutile d’ajouter que ce formidable potentiel populaire soutenait à fond les attendus du programme du conseil national de la résistance et qu’il existait entre tous une grande solidarité.

Voilà pourquoi il y eut de grandes  avancées sociales initiés par le programme de la résistance dans un grand nombre de domaines que tous connaissent et qui nous placent encore aujourd’hui, parmi les toutes premières nations du monde dans le sens humaniste. 

La résistance en restaurant leurs droits de l’homme s’en remit aux citoyens  et citoyennes. Tant qu’ils restèrent unis et solidaires, ils gagnèrent beaucoup. Et par exemple à la campagne la fin réelle du métayage, qui  se finit ainsi, après avoir subsisté 150ans depuis la révolution française de 1789.

Que reste- t’-  il aujourd’hui de ce programme ? Nous répondons : un exemple, des acquis à défendre, des valeurs toujours d’actualité, le même désir de justice et d’être des citoyens à droits égaux, le même désir de garantir un travail pour chacun, la même soif de garantir libertés et Paix.

 Et surtout de ne pas oublier que le monstrueux fascisme renaît partout où les mêmes causes produisent les mêmes effets : il pousse sur les désastres sociaux, sur le fumier de la décomposition  économique et de la désespérance sociale .

C’est très précisément ce que voulaient éviter les résistants unis  avec ce programme. Ne plus revoir les causes qui hier engendrèrent l’apocalypse de 39 à 45.

D’où l’actualité du Programme du Conseil National de la Résistance , dans les points fondamentaux qu’il énonce, à établir dès la Libération du territoire. Le Programme n’a pas pris une seule ride aujourd’hui. On peut le consulter dans le Livre que nous venons de rééditer : Les Cahiers de La Résistance en Lot et Garonne, suivi d’une interview de Robert Chambeiron.

Le récent Congrès National de Marseille de l’ANACR, en a d’ailleurs débattu, rappelant : Ce n’est pas un recueil de recettes toutes faites, répondant aux problèmes de notre époque, en particulier à ceux que l’on ne se posait pas en 44, mais comment ne pas avoir en mémoire, en ces moments d’incertitude économiques que nous vivons en ce moment ce passage du programme :

«Afin de promouvoir les réformes indispensables.. .sur le plan économique, instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant    l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie (…),  organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général (…), retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail    commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques…»

Un mois et demi plus tard cette même année 1944, le 1er mai à Alger, le Général de Gaulle * déclara : «II ne peut y avoir demain pour nous de prospérité, ni même d’indépendance si l’économie française n’est pas fortement dirigée». Dans un discours prononcé à Lille le 1er octobre 1944, De Gaulle affirmera : «Nous voulons que ce soit l’État qui conduise au profit de tous l’effort économique de la nation tout entière». Le 2 mars 1945, devant l’Assemblée consultative réunie à Paris, il déclarera encore : «l’État doit détenir les leviers de commande (…) désormais, c’est le rôle de l’Etat d’assurer lui-même la mise en valeur des grandes sources d’énergie (…) ainsi que des principaux moyens de transport (…). C’est son rôle de disposer du crédit, afin (…) d’empêcher que les groupements d’intérêts particuliers puissent contrarier l’intérêt général…»

 Ce qui unit cette citation du Programme du CNR et ces phrases du Général de Gaulle ? Et bien c’est une volonté commune de construire une société solidaire dans une France libérée, maîtrisant les ressources et les services essentiels à la vie de tous, où l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers.

C’est aussi cela les valeurs de la Résistance, les valeurs qui inspirèrent le Programme du CNR et que nous devons rappeler à l’ensemble des forces politiques, de droite, du centre ou de gauche, aux syndicats, aux acteurs sociaux en général, et Programme que nous aurons à cœur de diffuser plus largement dans la société à l’occasion du 65ème anniversaire de sa publication le 15 mars 1944.

Car, soyons réalistes – cela souligne notre responsabilité et détermine notre action première et essentielle qu’est sa diffusion -, dans leur grande majorité nos concitoyens ignorent le contenu sinon même l’existence du Programme du CNR.

   En ayant bien conscience que l’application de ces valeurs de la Résistance qui inspirèrent le Programme du CNR à la réalité contemporaine d’aujourd’hui suscite le plus souvent une gamme de réponses diverses, ce qui nous interdit évidemment de par notre pluralisme – et de plus statutairement – de prendre position en faveur de l’une d’elles. »

A nous de faire connaître le Programme, aux citoyens d’en débattre !… »

 

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