Le duraquois – pays de résistance contre l’occupant nazi

15 août 1944 dans le duraquois

Dans le duraquois, il y a 71 ans, jour pour jour, 4 jeunes hommes, engagés dans la Résistance dans le groupe des Francs Tireurs et Partisans (FTP) « Jean Marie », chargés de patrouiller dans les environs de Duras où une division de la Waffen SS opérait depuis quelques jours, furent repérés par un milicien local et dénoncés aux Allemands. Cette division allemande, particulièrement féroce, évitait les grands axes routiers, préférant emprunter les petites routes, sillonnant les villages isolés et semant la terreur.

C’est entre Riocaud en Gironde et Savignac-de-Duras dans le Lot-et-Garonne, que les Allemands attaquèrent leur véhicule, au lieu-dit « le Rayet », à la limite même des deux départements. Envoyés dans le fossé, mais juste commotionnés, les jeunes résistants furent aussitôt attrapés, frappés, torturés, mutilés et pendus aux arbres du petit bois longeant la route.

Hommage aux résistants du pays Duraquois

Ils s’appelaient Raymond FRANGNES (22 ans), Lino CORADINI (21 ans), René NADAU (20 ans) originaires de Savignac-de-Duras et Louis SUBIRADO (19 ans) de Saint-Géraud.

Résistance en duraquois - Stèle de Saint-Géraud
Stèle de Saint-Géraud
Résistance en duraquois - Stèle du Rayet
Résistance en duraquois – Stèle du Rayet

Le groupe « Jean Marie » (alias de Raoul GENESTE de Fougueyrolles) appartenait au bataillon de « Duras » des Francs Tireurs et Partisans, sous le commandement de René DUPRAT (tué également le 15 août 1944 à Blasimon). Ce bataillon s’étendait, en réalité de Sainte-Bazeille, jusqu’à la Dordogne, en passant par Sainte-Foy-la-Grande et unissait occasionnellement ses moyens avec les résistants du « maquis de Lorette » dirigé par le Capitaine Roger LEVY, comme lors du sauvetage des huit aviateurs américains et canadiens dont le bombardier avait été abattu le 5 mars 1944

D’après le témoignage de Paul CLUZEAU1 dit « Claude », en Lot-et-Garonne, ce bataillon comptait déjà quelques 70 hommes au moment du débarquement allié du 6 juin. L’activité de ces résistants consistait à récupérer les armes parachutées, accueillir et former au combat les jeunes réfractaires au STO, organiser des filières d’évasion vers l’Espagne (caches, fabrication de faux papiers….), organiser des actions de sabotage. A la libération définitive de la région, fin août 1944, près de 300 personnes prirent part à ses actions de combat contre l’ennemi.

C’est pour ces 4 jeunes gens, âgés de 19 à 22 ans, que le 15 août, le comité marmandais de l’ANACR 47 organise une cérémonie commémorative, devant les stèles les honorant à Saint-Géraud et au Rayet.

Mais, c’est aussi l’occasion de rendre hommage à tous les hommes et les femmes du pays Duraquois qui se sont levés et ont lutté contre la présence allemande, en rejoignant la Résistance, dès 1941 pour certains d’entre eux, que ce soit au sein des groupes Francs-tireurs et partisans (FTP) ou du réseau de l’Armée Secrète « Hilaire Burckmaster« .

15 août 2015 - Hommage aux résistants du duraquois
15 août 2015 – Hommage aux résistants du duraquois

Comme Louis et Henriette MICHEL de Savignac-de-Duras. Lui, agriculteur ; elle, institutrice. Militants communistes, ils participaient aux activités de résistance dans le duraquois en hébergeant des FTP en fuite ou des réfractaires au STO. Louis, nommé chef de section le 7 août 1943, avait une trentaine d’hommes sous ses ordres. Dénoncés par un milicien, ils furent arrêtés à leur domicile le 17 novembre 1943.

Louis, torturé devant sa femme et son fils, récita des chiffres mais ne parla pas. Conduit à Agen, puis emprisonné à la prison Saint-Michel2 de Toulouse, et enfin à Compiègne. Il fut déporté à Buchenwald par le convoi parti de Compiègne le 17 janvier 1944.

De retour à Savignac-de-Duras, il reprit son activité. Il fut élu conseiller général du canton de Duras de 1945 à 1949 puis devint adjoint du maire de la commune.

Henriette, fut internée à Agen, à Toulouse, à Romainville puis à Compiègne. Par le convoi du 31 janvier 1944, elle fut déportée à Ravensbruck (3 février au 23 mars 1944) puis à Holleishen dans un Kommando dans les Sudètes où les détenues travaillaient pour l’usine de munitions Skoda. Libérée le 5 mai 1945, de retour à Savignac-de-Duras, elle reprit son métier d’institutrice jusqu’en 1951.

Leur fils Yves, âgé de 17 ans, sera également maltraité et se suicidera le 10 mai 1944.

Quant à François LAGUERRE, (chef de gare à Duras), il entra dans la résistance en 1942 et intégra le réseau « Hilaire-Buckmaster » à partir du 1er avril 1943, avec ses amis Maurice DUBOIS (forgeron, réparateur de machines et garagiste à Duras) et Jean BRISSEAU (boucher-expéditeur à Duras).

Dénoncés à la Gestapo, Maurice DUBOIS et Jean BRISSEAU furent arrêtés le 9 février 1944. François LAGUERRE fut arrêté à son tour le 25 février 1944. Ils furent emmenés à Agen, puis emprisonnés à la prison St-Michel à Toulouse. Suite à un attentat sur un tram de la ville le 1er avril 1944, ils furent jugés par un tribunal allemand, et désignés comme otages avec cinq autres prisonniers (dont le capitaine Roger LEVY du maquis de Lorette).

Ces 8 otages furent fusillés le 8 avril 1944 dans la cour de la prison. Leurs corps seront retrouvés, le 4 septembre 1944, dans un charnier à Bordelongue (Toulouse) avec ceux des 28 résistants fusillés par les Allemands entre septembre 1943 et avril 1944.

Déroulement des cérémonies

Ainsi, le 15 août 2015, à 9h, alors que le brouillard commence à se dissiper sur les coteaux du duraquois, un cortège important de voitures va s’acheminer de Saint-Géraud au Rayet, en passant par Baleyssagues, pour terminer son périple devant le monument aux Morts de Duras à 11 heures.

15 août 2015 en duraquois - Les porte-drapeaux s'avancent
15 août 2015 en duraquois – Les porte-drapeaux s’avancent

A chaque étape, le protocole est identique :

Les 18 porte-drapeaux des associations de combattants et résistants du Lot-et-Garonne et de la Gironde, officient aux sons du «Chant des Partisans», puis de la sonnerie aux Morts, et enfin de la «Marseillaise», devant les élus, le représentant de la gendarmerie et un public fidèle à chaque halte.

15 août 2015 en duraquois - Saint Géraud
15 août 2015 en duraquois- Saint Géraud

Les Maires du duraquois concernés (Dimitri ZAGO, Maire de Saint Géraud, un adjoint de Roxane WANRECHEN ROSSETTO, Maire de Baleyssagues, Hélène DESROZIER Maire de Riocaud, Bernadette DREUX, maire de Duras) après avoir déposé une gerbe lisent un message en hommage à tous ces résistants duraquois tués au combat ou déportés.

15 août 2015 en duraquois - Baleyssagues
15 août 2015 en duraquois – Baleyssagues

Le Sénateur et Président du Conseil Départemental, Pierre CAMANI et la Député de la circonscription, Régine POVÉDA, présents tout au long du parcours, déposent chaque fois, ensemble, une gerbe devant les stèles et monuments aux Morts.

Au Rayet, pour rendre hommage à ses anciens camarades, M. BAZOUIN, l’un des derniers résistants duraquois encore vivant, est intervenu en insistant sur la nécessité de rester vigilants dans ces temps troubles où la violence, la haine, l’intolérance, le racisme et l’antisémitisme refont surface et appelle au devoir de mémoire.

Les fils de Roger et Yvette OSSARD, déportés suite aux évènements de la ferme de la Ragotte en 1943, les Maires de Lévignac, Saint-Pierre-du-Dropt et Savignac-de-Duras sont bien entendu associés à ces cérémonies du souvenir.

Quant à M. Terry CATTERMOTTE, représentant de la communauté britannique en pays Duraquois il dépose à Saint-Géraud, Baleyssagues et au Rayet une croix de bois au pied des stèles, et à Duras, alors que résonne « God save the Queen« , une couronne de coquelicots3.

Pourquoi faut-il se souvenir ?

Comme le rappelle Brigitte MORENO, Présidente de l’ANACR 47, dans son discours à Duras « ….Pourquoi faut-il se souvenir ?

Parce que leur sacrifice ne doit pas tomber dans l’oubli. Parce que leur combat a aujourd’hui valeur d’exemple pour les générations qui suivent. 

15 août 2015 - Duras, Discours de Brigitte MORENO
15 août 2015 – Duras, Discours de Brigitte MORENO

Passeurs de Mémoire ; c’est ainsi que nous nous définissons, par notre volonté de transmettre après les Résistants, le sens de leur combat, les valeurs qu’ils ont défendues, qui sont celles de la République.

Nous constatons, combien ce message est nécessaire, plus nous nous éloignons de cette période de notre histoire.

Il a fallu des événements tragiques de début d’année pour qu’une prise de conscience apparaisse. Les Déportés qui avaient juré à la libération des camps nazis « PLUS JAMAIS CA » ne s’imaginaient pas entendre en 2015, lors de manifestations, des slogans rappelant ceux de cette période tragique.

Lorsqu’on est en difficulté, on peut se laisser séduire par des slogans faciles, populistes, comme l’a fait une grande partie du peuple allemand, alors qu’il traversait une période de grande pauvreté, en écoutant les propos enflammés d’Hitler. Ses messages racistes, antisémites, dont la mise en œuvre devaient mettre fin à leur malheur, nous en connaissons les conséquences.

Hélas pour l’Europe, le Monde, et bien sûr le peuple allemand lui-même.

Il faut aussi se souvenir, parce que 71 ans après, un peu partout dans le monde, même en France de nouveaux dangers surgissent.

Nous assistons sous des formes diverses à la résurgence des thèses fascistes, du nazisme, du racisme, de l’intégrisme.

Nous devons rappeler la réalité monstrueuse du fascisme, lutter contre le négationnisme et sensibiliser la jeunesse. Elle doit rester vigilante, refuser l’endoctrinement, c’est le prix à payer pour rester libre.

Rappeler la lutte menée, ici par ceux dont les noms resteront à jamais gravés dans la pierre, est donc un devoir.

La sensibilisation des plus jeunes à la connaissance de la Résistance, est une priorité, afin qu’elle s’inscrive dans la mémoire collective. Notre présence dans le cadre du Concours de la Résistance, avec des témoins répond à cette exigence.

La journée Nationale de la Résistance fixée au 27 mai, date anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance nous permet également de parler de cette page de notre histoire aux élèves du primaire.

Rappeler à la jeunesse que la paix, la liberté, ne sont jamais acquises pour toujours, et donc la nécessité de rester vigilants. »

  1. Source : Historique du bataillon FFI-FTPF « Duras » par Paul CLUZEAU – « Claude ». Archives Départementales du Lot et Garonne – Sous-série 1 J1 J 1-1099 lb. Don de JACQUES Arthur
  2. aocument publié par le Conseil Départemental de la Haute-Garonne et le Musée de la Résistance de Toulouse.

  3. Si en France, lors des cérémonies commémoratives il est d’usage d’arborer le bleuet, pour les anglo-saxons, en général (britanniques, canadiens, australiens) c’est le « poppy » (coquelicot) qui est préféré. Ces deux fleurs sauvages ont continué à fleurir dans les champs dévastés lors de la guerre de 14-18 et symbolisent assurément la force de la Vie par rapport à la terreur des armes. Il est vrai que le « poppy » fait aussi référence aux bains de sang, mais surtout il renvoie à un poème écrit par un soldat canadien, le lieutenant colonel John McCrae , dans les tranchées en 1915, intitulé «In Flanders Field» (Au champ d’honneur).

Une réflexion au sujet de « Le duraquois – pays de résistance contre l’occupant nazi »

  1. Aujourd’hui comme le dit Brigitte MORENO plus qu’hier et chaque jour à venir sera une lutte pour bien empêcher les mêmes idéologises nazis à propager cette haine de l’autre; soyons vigilants, ne nous laissons pas envahir encore une fois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *