Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Les rafles et la répression renforcent la résistance en Lot-et-Garonne

 En Lot-et-Garonne le sort des juifs s’aggrave aussitôt : les déportations à partir de Tombebouc vers Drancy et Auschwitz commencent dès le 12 août 1942. Le centre d’internement ne se vide pas pour autant : il se remplit en vue de nouvelles déportations. Une rafle, le 26 août, toujours opérée par la police française, rassemble à Casseneuil 284 juifs, qu’ils quittent le 9 septembre transportés en bus à la gare de Penne. Ils partent pour Drancy puis Auschwitz où ils sont « sélectionnés » pour le travail ou gazés.

C’est à la même époque que les nombreux républicains espagnols, réfugiés depuis 3 ans au camp de Bias, sont livrés aux Allemands. Ces mesures, connues par le bouche à oreille, révoltent l’opinion. L’attente de jours meilleurs paraît vaine et trop longue. Même les plus modérés deviennent impatients. C’est pourquoi les FTP progressent plus vite, en effectifs, que les autres réseaux, sous forme individuelle ou par l’adhésion d’un groupe déjà formé.

De nouveaux réseaux apparaissent, en contact secret avec l’Angleterre. Ainsi Maurice Rouneau, réfugié du Nord, crée en avril 1942, à partir de Castelnau-sur-Auvignon, le groupe « Victoire » qui se développe surtout à Agen parmi les Alsaciens-Lorrains et les Belges réfugiés. S’y joignent bientôt la plupart des gradés du 150ème RI et quelques civils agenais.

Les Américains portent la guerre sur le flanc sud de l’Axe

Le 8 novembre 1942 les Américains débarquent en Afrique du Nord et, le jour-même, Pétain rompt ses relations avec eux. Trois jours plus tard, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et occupent, sans difficulté, la zone libre. Pétain gouverne désormais un Etat qui n’existe plus. L’Armée de l’Armistice est dissoute sur l’injonction d’Hitler et ses cadres sont dispersés.
A Agen, environ 2000 soldats allemands occupent les casernes Toussaint, Valence, Lacuée ; les vieux les appellent « les Boches », les jeunes disent « les Chleuhs » ou « les Doryphores ». La Kommandantur s’installe à l’hôtel Central, rue Lafayette, la Feldgendarmerie au Régina et la Gestapo rue Louis Vivent. Aux carrefours de la ville, des plaquettes blanches, écrites en gothique, indiquent la direction des principales permanences. Des sections de jeunes soldats en uniformes vert-de-gris vont d’une caserne à l’autre, en bon ordre et en chantant à pleine voix.
Le groupe « Victoire » disparaît, dissocié par le départ des militaires, dont la plupart se sentent encore liés par leur serment à Pétain.

C’est le moment où arrive, par le train, à Agen, le major anglais George Starr, dit Hilaire, débarqué subrepticement sur la côte méditerranéenne et qui va commander les parachutages d’armes. Les civils de «Victoire» le convoient à Castelnau sur l’Auvignon, où ils restent autour de lui.

En septembre 1942, l’armée allemande commandée par Von Paulus, armée d’élite, a été arrêtée à Stalingrad, enfin! Nul ne peut ignorer que la grande majorité des Français s’en réjouit. Devant les incidents qui se multiplient, Hitler exige la création d’une police supplétive qui fasse régner la terreur : Darnand, créateur du Service d’Ordre Légionnaire, transforme ce SOL en « Milice », en uniforme noir avec insigne gamma, pour faire la chasse aux Résistants et les anéantir (janvier 1943).
Un poste de miliciens sera installé, 94 boulevard Carnot, presque en face de la Feldgendarmerie. Une partie du SOL de Lot-et-Garonne refuse d’entrer dans la Milice et cesse ses activités.
La loi du 3 décembre 1942 condamne à mort tout détenteur d’armes à feu.
Auprès de chaque Cour d’Appel une « section spéciale » punit les terroristes ou supposés tels, leur condamnation étant immédiatement exécutoire, sans pourvoi ni appel. Vichy affirme que, par des punitions exemplaires et par la Révolution Nationale, il forme une jeunesse forte, disciplinée, combative. …

Las! Nos ados deviennent « zazous »! Refusant le mythe du héros nordique des nazis, ils se comportent avec désinvolture, se dandinent (« swing ») en marchant et fredonnent des airs de jazz dans des tenues excentriques, avec des chevelures longues et frisées. Et, parce qu’ils sifflent les films allemands au Florida, au Gallia, au Royal, les salles doivent rester éclairées pendant la projection. C’est sans doute pourquoi l’inspecteur d’académie, Lebettre, est flanqué d’Eugène Fatta, promu « directeur de l’éducation et des sports » alors qu’il est déjà l’un des chefs de la Milice.

Le tournant de la guerre

 Le 2 février 1943, ayant épuisé ses munitions et perdu la plupart de ses soldats, Von Paulus capitule dans les ruines de Stalingrad. Le retentissement est immense et les conséquences apparaissent très vite.
La Résistance va y trouver son second souffle. Pour arrêter les Russes Hitler a besoin de tous les Allemands dans ses armées. Il va les remplacer, dans les usines, par une main d’œuvre recrutée de force dans tous les pays soumis.
Pour le satisfaire, Laval instaure, le 16 février 1943, le Service du Travail Obligatoire (STO). Le premier départ, dès le 10 mars, de 754 partants seulement (sur les 950 requis), et l’émoi de la foule des parents, donnent matière à réflexion aux gendarmes chargés du maintien de l’ordre.

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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