Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

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Le 22 juin 1944 marque un tournant dans le déroulement de la guerre sur le continent européen

En apprenant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, le 22 juin 1941, beaucoup de Français, (peut-être encore marqués, dans leur subconscient, par la retraite de 1812 ?), se sentent soulagés. L’Angleterre, qui porte leurs espoirs, n’est plus seule face à Hitler et va pouvoir reprendre des forces.
Les communistes sont restés discrets jusque-là parce qu’ils sont inquiétés depuis le pacte germano-soviétique, que leurs chefs sont emprisonnés et que le Komintern qualifiait cette guerre de « conflit entre impérialismes ». Changeant d’attitude, ils vont rapidement gonfler le nombre des insoumis.

Le Front National, qu’ils ont fondé le 15 mai 1941, devient alors le réseau le plus étoffé et le plus éclectique puisqu’on y trouve jusqu’à des militants de la Démocratie Chrétienne.
Ses Corps Francs, les Francs Tireurs et Partisans (FTP), créés par Charles Tillon dès janvier 1942, ont des instructeurs particulièrement compétents en Lot-et-Garonne : de nombreux rescapés des Brigades Internationales de la guerre d’Espagne. Cependant il y a un désaccord sur la méthode à appliquer : Le Front National préconise une action brutale, immédiate et incessante, capable de soulever les masses populaires alors que les autres réseaux souhaitent continuer de s’organiser en Armée secrète en vue d’un soulèvement le jour venu, ce qui correspond au projet de De Gaulle. Et les points de vue diffèrent de part et d’autre de la ligne de démarcation: en zone occupée, la Résistance est dirigée contre l’occupant allemand ; en zone libre, elle est dirigée contre le régime de Vichy.

Trois assassinats en zone occupée ouvrent une nouvelle période.
Le 21 août 1941, un ouvrier de 22 ans, Pierre Georges, passe à l’acte en abattant un officier allemand au métro Barbès – à Paris – et réussit à s’échapper (connu par la suite sous le nom de colonel Fabien, il commandera la Brigade d’Ile de France, rejoindra la 1ère armée et y mourra au combat). Le général von Stülpnagel, gouverneur militaire de Paris, fait fusiller 3 otages. Peine qui mécontente Hitler parce que trop légère. Avant la fin de l’année 1941, 75 autres otages seront fusillés au Mont Valérien. Un autre officier allemand est tué à Nantes (55 otages fusillés à Nantes et à Chateaubriant), puis un autre à Bordeaux (51 otages fusillés à Souge). Ces otages sont pris dans les prisons où ils ont été mis par la police de Vichy. Plusieurs familles communistes agenaises sont atteintes par le massacre du camp de Souge qui effraie brusquement les lot-et-garonnais en leur faisant prendre conscience de leur degré d’asservissement et des dangers qu’ils encourent.

De Gaulle et Churchill désapprouvent ces meurtres d’Allemands qui vont permettre de démontrer que communisme ou gaullisme égalent Terrorisme. Effectivement, la radio et la presse de Vichy font de tous les Résistants des terroristes. Intoxiqués par la propagande, plusieurs milliers de jeunes français s’engagent, sous uniforme allemand, dans la Légion des Volontaires Français (LVF) contre le bolchevisme.
A leur départ pour le front russe ils sont bénis par un prêtre agenais, l’abbé Carbonnel.

[7 décembre 1941 : le Japon entre en guerre en coulant la flotte américaine de Pearl Harbour.  4 jours plus tard Hitler déclare la guerre aux Etats-Unis. Roosevelt conserve néanmoins de bons rapports avec Pétain auprès duquel il maintient, comme ambassadeur, l’amiral Leahy.  L’Angleterre, déjà aidée par la loi Prêt-Bail, devient le bastion avancé des Etats-Unis, une sorte de porte-avions géant ancré sur les côtes de l’Europe et où va se préparer l’armée qui délivrera l’Ouest du continent].
[9 décembre : Darlan, chef du gouvernement de Pétain, fait interner tous les juifs arrivés en France après le 1er janvier 1936]

Les prémices du retournement de l’opinion

Le pillage de la France continue de plus belle. La laine, le coton, la soie, le cuir ont disparu, les carburants aussi. On se déplace en camions à gazogène, ravitaillés en bois. Devant les gares, les voitures sont remplacées par des vélos-taxis. Les trains, de plus en plus rares, s’arrêtent à toutes

les petites gares et sont toujours bondés. Les pommes de terre, qui partent pour l’Allemagne par centaines de convois, sont remplacées par les rutabagas et, les jours de chance, par des topinambours. Les rations de pain et de viande, de mauvaise qualité, diminuent, et il faut des heures de queues sur les trottoirs, devant les magasins désignés, pour les obtenir.

Les commerçants deviennent, involontairement, les auxiliaires des pouvoirs publics. Dans chaque magasin un membre de la famille fait la collecte des tickets avant d’encaisser la monnaie. Mieux vaut être bien vu de l’épicier ou du boucher pour être correctement servi. Qui se fâche risque d’avoir pire les semaines suivantes. Par peur, on évite les conversations.

Dans la Légion des Combattants, les défenseurs les plus résolus du gouvernement de Vichy forment, en juin 1942, le Service d’Ordre Légionnaire (SOL) pour dénoncer les Résistants et les mécontents trop bavards. La loi du 7 août menace de mort les détenteurs d’armes de guerre.

Hitler manque de main d’œuvre dans ses usines et fait pression sur le gouvernement de Vichy pour en recevoir. Le 22 juin 1942, Laval, qui a remplacé Darlan, lance à la radio: « je souhaite la victoire de l’Allemagne… » et décrète la Relève qui doit permettre le retour de prisonniers échangés contre un nombre plus élevé, 1 pour 3, de jeunes ouvriers français (qui ne se bousculeront pas pour partir !).

Le 14 juillet, les Agenais montrent leur désapprobation de cette politique par une manifestation à la Porte du Pin : 1 000 à 2 000 (?) personnes, dont le proviseur Videau, tournent autour du socle, déjà vidé, de la statue de la République, et cela sous les fenêtres des Allemands de la Commission d’Armistice logés au « Grand Hôtel et du Midi », à l’angle du boulevard Sylvain Dumon. La police, massée place Pelletan, attend une heure avant d’intervenir et de disperser la foule. La manifestation, préparée chez Banabéra, montre, pour la première fois, qu’il peut y avoir une entente entre les réseaux.

[Les 16 et 17 juillet a lieu, dans la région parisienne, la rafle géante du Vel’d’Hiv. Sur l’ordre du directeur de la Police Nationale, René Bousquet, et après autorisation des Allemands, 4 500 policiers français arrêtent 13 000 juifs (dont 4 000 enfants) étrangers pour la plupart, et les parquent au Vel’d’Hiv dans des conditions épouvantables en attendant de les envoyer aux camps d’extermination allemands. Puis, le 29 juillet, René Bousquet signe un « accord de coopération» avec le général SS Karl Oberg qui est le chef, en France, de la Gestapo, la police politique allemande].

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

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La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

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