Formation des premiers réseaux

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Les premiers réseaux en Lot-et-Garonne

Chez les militaires : une « Commission allemande de Contrôle » doit inspecter nos stocks d’armes et les transférer en Allemagne. Le général Colson, éphémère ministre de Pétain, incite les commandants de régions militaires à cacher du matériel. Bien qu’il soit rapidement désavoué, le commandant Robinet, le capitaine Alix Guérin et le lieutenant Henri Richard continuent de stocker et de camoufler des armes et des véhicules autour de Bias avec la complicité de syndicats agricoles.

Chez les civils : la Résistance s’organise lentement au hasard de rencontres entre membres d’associations dissoutes : partis, syndicats, sociétés de pensée, avec pour tous la même question
« que pouvons-nous faire ? »

Ainsi naissent une CGT clandestine (Gérard Duprat, Saby…), un Comité d’Action Socialiste (Archidice, Arrès-Lapoque, Lacour, Verdier…), une « Organisation Spéciale (OS) » regroupant des Communistes autour de René Filhol, Rabardel, Sarrou…, un groupe Brutus (Vedel, #Barrès…) qui rejoindra les socialistes. Des libertaires se retrouvent à l’école Joseph Bara autour de Gérard Duvergé (instituteur au cours complémentaire Jasmin), Léon Serbat, Ginestet et forment en 1941, avec Gérard Duprat, un groupe « Libération ». En 1941 aussi, René Filhol impulse une section lot-et-garonnaise du « Front National » à direction communiste, mais qui se veut largement ouverte à tous les patriotes. En 1941 encore, Lescorat, Banabéra et Fontaine créent à Agen une section du réseau « Combat » que Frénay a commencé à développer à Lyon dans les milieux démocrates-chrétiens. Chacun de ces groupes a des limites incertaines et il n’est pas rare que des Résistants fassent partie de deux réseaux ou passent de l’un à l’autre.

Pour limiter les risques de dénonciation les Résistants prennent l’habitude d’utiliser des pseudonymes : Guérin devient « Beck », Duvergé « Chevalier »…Notons que l’Intelligence Service et le War Office ont chacun un indicateur discret dans la région, qui décèle la formation de ces premiers réseaux et renseigne le gouvernement anglais et, éventuellement, De Gaulle.

Pendant ce temps, Pétain, relique vivante (84 ans) d’un temps de gloire et d’un paradis perdu, est adulé comme un saint. Sa photo en couleurs est distribuée à tous les commerçants qui doivent l’afficher dans leur vitrine. Elle est aussi dans toutes les administrations et dans toutes les classes ; et les « instituteurs publics », appellation nouvelle, doivent remettre régulièrement aux meilleurs élèves les
« bons points du Maréchal » qui le représentent en grande tenue. Les timbres-poste s’ornent de son effigie. De sa voix chevrotante il prêche le retour à la terre, à l’artisanat, aux corporations. Il trace les grandes lignes d’une « Révolution Nationale » qui abolira tout le mal fait par la Révolution française.

En avril 1941 il crée la Police Nationale (par étatisation des polices municipales) et les Groupes Mobiles de Réserve (GMR) pour surveiller les Français, mais il se montre incapable de faire rentrer les prisonniers et de soustraire la France aux violations des conventions d’armistice. Il vient à Agen le 30 août 1941 où il est reçu au Gravier par une foule en état d’hypnose, mais aussi à l’usine Granges par une fuite bien malencontreuse de mazout et par une grève de quelques minutes après un coup de sirène intempestif…

Les communistes, considérés comme des agents du Komintern (puissante organisation aux mains du Bulgare Dimitrov, qui dirige, depuis Moscou, les partis communistes du monde entier) sont pourchassés et arrêtés, accusés d’être « convaincus de propagande communiste » par les tribunaux d’Agen et de Marmande, puis par la Section spéciale du tribunal militaire de Toulouse.

La Résistance existe en Lot-et-Garonne et participe à l’organisation de filières d’évasion par l’Espagne. Elle est encore peu nombreuse et faible, faute d’armes et, plus encore, faute d’espérance dans la défaite allemande. Mais elle est encouragée à persévérer par l’annonce de la prise de Koufra par les « Forces Françaises Libres »: une poignée de Français qui ont remis la France dans la guerre en s’emparant, seuls, d’une importante garnison italienne, après avoir franchi 1 600 km de Sahara.

Ces Résistants sentent la nécessité de s’entendre : ainsi, et sur incitation de De Gaulle, « Combat » et « Libération » se rapprochent et envisagent de former un mouvement commun. Les Communistes et leurs associés préfèrent rester autonomes. Le groupe Libération, avec, à sa tête, Duvergé, fera le pont entre eux.

« Raconte-moi la Résistance »
Jacques MUNIER
ANACR47 – 2013

Liste de tous les articles de la catégorie :

La Résistance Lot-et-Garonnaise dans la 2ème Guerre Mondiale

Situation générale en Lot-et-Garonne au cours des années 1939-1940

Les signes de la première résistance

Formation des premiers réseaux

Intensification de la guerre et de la Résistance – 1

Intensification de la guerre et de la Résistance – 2

Le temps des maquis – 1

Le temps des maquis – 2 – Le rassemblement

Le temps des maquis – 3 – Des coups dramatiques

Le temps des maquis – 4 – Les plans d’action

Le temps des maquis – 5 – La menace de représailles

Le temps des maquis – 6 – A la veille de Jour J

Le temps des maquis – 7 – Les Allemands reculent sur tous les fronts

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 1 – Le Jour J

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 2 – Villages sous la terreur

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 3 – Bombardements et escarmouches

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 4 – Les principaux combats : Astaffort

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 5 – Les principaux combats : Castelnau-sur-Auvignon

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 6 – Les principaux combats : Sos

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 7 – Les principaux combats : Prayssas

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 8 – Les principaux combats : Lapeyres et St-Jean-de-Thurac

La part du Lot-et-Garonne dans la bataille de France – 9 – A l’approche du dénouement

La Libération du Lot-et-Garonne – 1 – Agen

La Libération du Lot-et-Garonne – 2 – le département

 

2 réflexions au sujet de « Formation des premiers réseaux »

  1. Ilsemble que le réseau « Hilaire « soit oublié… ainsi que le rôle important joué par « Edgar » pour l’A.S..ils ont pourta

    1. Bonjour,
      Cet article fait partie d’un ensemble de publications ayant débuté depuis quelques jours et devant se terminer d’ici la fin du mois d’avril 2014. Il y a, dans cette longue série, un ou plusieurs articles qui font référence au réseau du S.O.E.
      Patience donc.
      Merci
      ANACR47

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