Commémoration de St-Jean de Thurac - 24 août 2014

Discours de la Présidente Brigitte Moreno à St-Jean de Thurac

Brigitte MORENO à St-Jean de Thurac rappelle le sens des combats du 15 et 17 août 1944

Elle évoque le rôle important joué par le Lot-et-Garonne dans le blocage des voies de communications utilisées par l’ennemi et le lourd tribu payé par le département pour ses activités dans la résistance. Elle signale que les efforts conjugués de la résistance intérieure française a amené les divers commandements alliés et ennemis à reconnaitre son efficacité malgré les faibles moyens à sa disposition. Elle conclut en parlant du Devoir de Mémoire, outil de sensibilisation des jeunes générations pour leur expliquer que la politique du bouc-émissaire mise en œuvre par les nazis et leurs collaborateurs de Vichy n’était nullement la solution face aux problèmes rencontrés par les sociétés en crise.

Saint-Jean de Thurac, le 24 août 2014

Brigitte MORENO, commémorations de St-Jean de Thurac - 24 août 2014
Brigitte MORENO, commémorations de St-Jean de Thurac – 24 août 2014

Il y a 70 ans, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, ordre était donné à la Résistance de saboter la voie ferrée Bordeaux-Toulouse , de couper tous les moyens de communications, afin de paralyser les troupes allemandes, harceler les éléments de la triste division « Das Reich », (souvenez vous d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944) dont certains étaient basés sur Montauban et Valence d’Agen.

Ces éléments ont d’ailleurs commis d’horribles crimes, le 23 juin 1944 dans les 3 communes voisines de Caudecoste, Saint Sixte et Dunes, massacrant hommes, femmes, enfants.

La Résistance devait donc, par tous les moyens empêcher soldats, blindés, armements et munitions ennemis de rejoindre le front de Normandie, pour renforcer les troupes allemandes en difficultés suite au débarquement allié.

Dans cette lutte pour la Libération, le Lot-et-Garonne s’honore d’avoir connu une résistance particulièrement active. Mais le prix de la liberté est lourd par le sang versé, comme en témoigne son martyrologue :

  • plus de 250 fusillés ou tués au combat,

  • plus de 650 déportés dans les camps de la mort

  • s’ajoutant aux 1 200 détenus d’Eysses déportés.

  • des milliers de patriotes arrêtés, emprisonnés et internés

Après les durs combats menés, ici contre l’ennemi et la milice, 2 jours avant la libération d’Agen, nous devons rendre hommage à tous ceux qui avaient fait le choix de Résister, allant jusqu’au sacrifice suprême.

Ces sacrifices n’auront pas été vains, la division « Das Reich » mit 12 jours pour couvrir 720 kilomètres, une colonne de 50 camions partie de Toulouse le 7 juin n’en comptait plus que 6 à son arrivée à Limoges.

Agen retrouve sa liberté, le 19 août 1944, mais le reste du territoire, est encore occupé. Les résistants en nombre vont s’engager dans l’armée débarquée en Provence le 15 août, pour continuer le Combat en Alsace, et en Allemagne, jusqu’à la victoire du 8 mai 45.

Le Général de Lattre leur rendra hommage lors de leur intégration dans son armée : «  … et vous, nos camarades FFI, si chers à notre affection, qui en haillons et les mains presque nues, avez impitoyablement harcelé l’oppresseur avant de le maîtriser. Partout, vous étiez là, courageux, audacieux ; vous avez été pour nous plus que des frères d’armes, vous avez été d’autres nous-mêmes … »

D’autres résistants rejoindront le théâtre d’opérations de la Pointe de Grave, ils combattront dans le bataillon Atlantique jusqu’en avril 1945.

Partout sur notre territoire le rôle de la Résistance dans le succès des opérations alliées a été affirmé par les plus hautes autorités. Qui mieux que les généraux Américains étaient à même de le reconnaître ; je veux citer la déclaration du général Marshall, chef d’Etat Major des Armées Américaines : «  La Résistance a dépassé toutes nos prévisions. C’est elle qui, en retardant l’arrivée des renforts allemands et en empêchant le regroupement des divisions ennemies à l’intérieur, a assuré le succès de nos débarquements. Sans vos troupes du maquis, tout était compromis ».

Le général Eisenhower écrivit notamment : «  Les 9ème et 10ème  divisions blindées S.S. mirent plus de temps pour se rendre de l’Est de la France en Normandie qu’elles en avaient mis pour aller de Pologne, où elles étaient stationnées, à la frontière française… »

Quant au général allemand Von Blaskovitz, il déclarait à propos de la marche victorieuse de l’Armée B débarquée en Provence «  La Résistance était comme un essaim de guêpes qui nous harcelait sans cesse et nous obligeait constamment à modifier le plan initial de bataille »

Le chef d’Etat Major d’armées allemand est allé jusqu’à cet énorme aveu : «  On ne peut parler d’un mouvement de résistance, il s’agit d’une véritable armée qui combat dans notre dos »

En ce soixante dixième anniversaire des combats de Saint-Romain et Saint-Jean de Thurac, nous n’oublions pas que cette liberté fut retrouvée, grâce aux très durs combats soutenus par toutes les armées alliées et la France Libre, pendant quatre ans, sur tous les fronts, avec la participation active de la Résistance unie. La Nation debout, indépendante, était présente à Berlin le 8 mai 1945, pour la capitulation sans condition de l’armée Allemande.

Le véritable ennemi enfin vaincu était le Nazisme, le mal absolu, le crime contre l’humanité.

La liberté retrouvée, c’était une certaine idée de la civilisation qui pouvait reprendre vie.

70 ans après, alors que nombre de résistants ont disparus, et avec eux le témoignage vivant, la réalité de l’histoire de la Résistance s’impose. Il nous appartient de la transmettre, car la méconnaissance de cette page de notre histoire, laisse libre cours aux négationnistes et à ceux qui minimisent son rôle.

Dans un monde ou subsistent instabilité, dangers, nouvelles menaces, intégrismes, fanatismes, épurations ethniques et les horreurs de guerres civiles d’un autre âge, nous réaffirmons notre volonté et notre espoir de contribuer ensemble à ce que les générations futures soient préservées des tragédies vécues durant la seconde guerre mondiale.

Continuer à transmettre la Mémoire de l’histoire de la Résistance et les valeurs qu’elle a portées de : liberté, égalité, fraternité, tolérance, est pour nous un engagement.

Il nous faut dire à la jeunesse de notre pays que la paix, la liberté ne sont jamais acquises pour toujours.

A travers cet enseignement, nous aiderons les nouvelles générations à rester vigilantes et assumer leurs responsabilités de citoyens.

Au nom de l’ANACR du Lot-et-Garonne, je veux remercier les maires des communes de Saint-Romain, Saint-Jean de Thurac, Saint-Nicolas de la Balerme ainsi que le Comité du souvenir pour l’organisation de la cérémonie commémorative de la tragédie des 15 et 17 août 1944. Vous pérennisez ainsi la mémoire des jeunes hommes tombés ici pour notre liberté.

Merci de votre attention.

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