17 décembre – Commémoration à la Ragotte

Le 17 décembre 1943, au petit matin, les habitants de la ferme de la Ragotte, sur la  commune de Lévignac de Guyenne, sont assiégés par une colonne allemande, diligentée par la Gestapo.

Par malheur, au même moment,  des dirigeants du « mouvement  Combat »  de Marmande, en fuite, se rendent  à la ferme de la Ragotte pour se cacher momentanément.

Bilan de l’opération : 3 tués, René MAURY, Georges DARTIAILH et Paul GABARRA et 7 déportés , Camille DAUNIS, Auguste EGRON, Roger et Yvette OSSARD, Jean SOURNALET, Juliette BOUHET et Joseph LLO . Les deux derniers ne reviendront pas : morts en déportation.

Tous les ans, le 17 décembre, la commémoration de ces tristes évènements réunit un nombre très important d’associations, d’officiels, d’habitants locaux, d’enfants des établissements scolaires voisins et des descendants des victimes autour de la stèle érigée en mémoire des victimes de la Ragotte.

Cette année, il put paraître bien difficile pour les nombreuses personnes présentes (plus d’une centaine) d’imaginer ce jour sombre et funeste, 72 ans plus tôt.

En effet, en plein hiver, un soleil généreux rendait ce paysage des coteaux du Duraquois particulièrement verdoyant et accueillant. Les 32 drapeaux des diverses associations d’anciens combattants du Lot et Garonne et de la Gironde, ondulaient gaiement sous une brise légère et quasi printanière.

Les évènements de la Ragotte 1

Or, il y a 72 ans, c’était par un brouillard épais que les Allemands encerclèrent et semèrent la terreur dans ce lieu retiré.

LES COLLEGIENS ET LYCEENS DE DURAS
LES COLLEGIENS ET LYCEENS DE DURAS

Suite à l’arrestation d’un résistant torturé, à Marmande, ils avaient appris que la ferme de La Ragotte était le siège d’un groupe du réseau Hilaire-Buckmaster du SOE anglais (Special Operations Executive) qui menait des  opérations de parachutages, cachait des armes, des  réfractaires du STO, fournissaient des renseignements aux alliés…

Satané brouillard qui participa à l’horreur de cette tragédie car, par un malheureux concours de circonstances, il en aggrava les conséquences.

Ainsi, ce matin là, à la ferme de la Ragotte, il n’y avait pas que la famille OSSARD, à savoir : Roger, le père ; Yvette, la mère, leur petit garçon de 2 ans, la grand-mère et la jeune « domestique »2 Juliette BOUHET et Auguste EGRON, l’ouvrier agricole.

Deux jeunes résistants, réfractaires au STO, Camille DAUNIS et Paul SORET étaient cachés depuis quelques temps à la ferme.

En outre, un autre résistant, André MAURY, venu en renfort, dans la nuit pour une opération de parachutage annulée en raison de ce fichu brouillard avait préféré rester sur place pour la nuit. Mal lui en pris, car lors de l’assaut, tentant de s’enfuir avec Paul SORET protégés par le tir nourri de Camille DAUNIS caché dans le grenier à foin, il fut abattu par les Allemands.

De plus, toujours ce matin là, deux responsables du « mouvement Combat »3 Paul GABARRA et Georges DARTIAILH, ayant échappé de justesse à une arrestation par la Gestapo à Marmande, arrivèrent en voiture, conduits par Pierre ARMILLAC et Michel ESCOUBET , pour être mis à l’abri  chez Roger OSSARD, avant de rejoindre  une cache sûre dans le Gers.

Du fait de l’épais brouillard, lorsqu’ils aperçurent les Allemands, engagés sur le chemin de la ferme, il était déjà trop tard. Il s’était jetés « dans la gueule du loup »..

Ils tentèrent bien de fuir en quittant la voiture mais Georges DARTIAILH et Paul GABARRA furent abattus immédiatement et Michel ESCOUBET, blessé. Seul Pierre ARMILHAC, connaissant les lieux (c’était un cousin des OSSARD) put s’échapper.

Pourtant, avec un bilan de 3 tués et 6 arrestations : Roger OSSARD, Yvette OSSARD, Juliette BOUHET, Auguste EGRON, Camille DAUNID et Michel ESCOUBET, les exactions des Allemands ne s’arrêtèrent pas là.

L’après midi, ils investirent, à proximité, la ferme de Jacques ESTEVE, vraisemblablement bien renseignés, là aussi.

En effet Jacques ESTEVE, militant communiste .depuis 1920, avait intégré le réseau Hilaire_Buckmaster et participait activement aux diverses opérations de parachutages et de résistance. D’ailleurs, ils y découvrirent des armes cachées.

En l’absence de Jacques ESTEVE, en représailles, les Allemands arrêtèrent son ouvrier agricole Joseph LLO et un voisin Jean SOURNALET, venu en curieux, alerté par les bruits de fusillades

Au final, hormis Michel ESCOUBET4 blessé, toutes ces personnes arrêtées furent envoyées au siège de la Gestapo à Agen, puis à la prison St Michel à Toulouse.

les porte drapeaux à la Ragotte
les porte drapeaux à la Ragotte

Les déportés de la Ragotte

Les hommes, Roger OSSARD, Auguste EGRON, Camille DAUNIS, Joseph LLO et Jean SOURNALET furent acheminés vers Compiègne le 27 janvier 1944 d’où ils furent déportés à Buchenwald deux jours plus tard.

Fin mars 1944, ils furent affectés au Kommando Wansleben. Ils creusaient des galeries dans une ancienne mine de sel afin d’installer des machines pour fabriquer des pièces d’avion.

Ils furent libérés un an plus tard, par les soldats anglais, à ma mi-avril 1945, sauf Joseph LLO qui ne survécut pas aux conditions terribles de la déportation.

Les femmes, Yvette OSSARD et Juliette BOUHET furent acheminées vers Compiègne le 31 janvier 1944 puis déportées à Ravenbruck le 3 février suivant.

Juliette BOUHET, affaiblie par les mauvais traitements et le manque de nourriture, mourut à Ravensbruck le 22 mars 1944.

Yvette OSSARD fut transférée, en juin ou juillet 1944, au Kommando de Hanovre-Limmer (camp de concentration de Neuengamme) dans une usine de fabrication de masque à gaz.

Le 1er avril 1945, après l’évacuation  du kommando et une marche forcée de 3 jours et 3 nuits vers le  camp de Bergen-Belsen, elle sera libérée par les anglais le 15 avril 1945. Elle y perdra un poumon.

Hommage à « ces héros ordinaires »

Discours de Brigitte MORENO, Présidente de l'ANACR47
Discours de Brigitte MORENO, Présidente de l’ANACR47

Comme l’a souligné Brigitte MORENO, lors de la cérémonie d’hommage, il ne s’agissait que « d’héros ordinaires, combattants sans uniformes, victimes du nazisme », mais à qui nous devons tant car d’autant plus valeureux face à l’ignominie nazie. Elle nous rappelle en outre qu’il nous revient toujours, à tous, de rester vigilants et incite, en particulier la jeunesse de refuser tout endoctrinement.

FAMILLES OSSARD DARTIAILH GABARRA MAURIN
FAMILLES OSSARD DARTIAILH GABARRA MAURIN

Jean René OSSARD, fils de Roger et Yvette, a tenu a remercié son père d’avoir érigé cette stèle « afin que nous ne puissions jamais oublier l’horreur de cette journée et qui nous renvoie aux valeurs morales de notre République : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Ce pourquoi vous êtes allés jusqu’au bout de votre patriotisme avec courage et abnégation »…

Puis, tourné vers les jeunes collégiens et lycéens présents, il leur a adressé ces mots :… « espérant que pour mes enfants, petits enfants et arrières petits enfants de telles horreurs ne soient plus possible », même si « malheureusement les évènements de janvier et novembre derniers nous prouvent que le fanatisme d’où qu’il vienne, la barbarie et la folie existent encore. Souhaitons que vous les jeunes et l’humanité toute entière aient un sursaut de conscience et réagissiez »….

1 Voir ouvrage broché de 145 pages de Jean Louis LAMBERT « Les évènements de la Ragotte  ( 17 décembre 1943 ). Etude sur un épisode de la Résistance en Lot et Garonne »

Pour se le procurer joindre l’auteur : jeanlouislambert47@gmail.com Les évènements de la Ragotte

2 Juliette BOUHET, âgée de 18 ans, est également une jeune cousine du couple OSSARD

3 Le « mouvement Combat » marmandais dirigé par Albert CAMBON est rattaché au réseau Hilaire Buckmaste. Paul GABARRA alias « Gauthier », rejoint d’abord, en 1942,  le mouvement des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) puis contacté par Albert CAMBON, le « mouvement Combat » à Marmande. Il devient ainsi chef d’opération du réseau Hilaire-Buckmaster et intègre également le « bataillon Hugues ». Lorsqu’Albert CAMBON devient chef départemental de la Résistance, il est désigné chef des MUR (Mouvements Unis de la Résistance) de l’arrondissement de Marmande.

Georges DATIAILH rejoint aussi le « mouvement Combat » en 1942 à l’USM (Union Sportive Marmandaise), où le premier noyau de résistants est formé avec Paul GABARRA, et Louis DUPUY. Il devient l’adjoint de Paul GABARRA quand ce dernier devient chef des MUR

4 Jeune étudiant. Blessé à la tête, au bras et à la jambe, il sera  conduit à la gestapo à Agen puis à l’hôpital où il le Docteur ESQUIROL grâce à une « fausse opération » favorisera son évasion.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *