70ème anniversaire du Centre Delestraint-Fabien

Le 30 septembre 2015, à Penne-D’Agenais, a eu lieu la commémoration du 70ème anniversaire de la création de la « Maison », au Domaine de Ferrié, qui reçut, dès 1945, les anciens Résistants blessés lors des combats, épuisés après des séjours en prisons et/ou déportés afin qu’ils reprennent des forces.

Lors de son allocution, Pierre MARTIN, Président national de l’ANACR  ne manqua pas de rappeler que si, au cours du temps, la « Maison de repos« , baptisée Centre Delestraint-Fabien a beaucoup évolué, en devenant un centre de soins classique, il n’en reste pas moins que l’ANACR,  propriétaire du Centre, peut être satisfaite d’être toujours restée fidèle aux idéaux des Résistantes et Résistants qui créèrent ce lieu dans l’esprit du Programme du Conseil National de la Résistance permettant à tous d’accéder à des soins de qualité nécessaires à leur santé. 

INTERVENTION DE PIERRE MARTIN, Président National de l’ANACR

en présence d’une assistance nombreuse, dont  Thierry MAILLES (Sous-Préfet de Villeneuve sur Lot), Hélène MALECHA (Directrice actuelle du Centre), Anne Marie VICTOR (ancienne Directrice) , Brigitte MORENO ( Présidente de l’ANACR 47), Guy VICTOR (Président de l’ANACR Penne d’Agenais/Saint Sylvestre), et des élus locaux.

« Monsieur le Sous-Préfet,

Monsieur le Directeur Territorial de l’Agence Régionale de Santé,

Madame la Directrice du Centre Delestraint-Fabien,

Mesdames, Messieurs,

Le 8 mai dernier, nous venons de célébrer le 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme, et il y a quelques jours celui de la victoire sur le militaro -fascisme japonais.

Ainsi prenait fin il y a 70 ans une Seconde Guerre mondiale qui fit plus de 60 millions de morts, et des dizaines et dizaines de millions d’autres victimes, blessées, martyrisées, traumatisées. Le monde découvrait l’horreur monstrueuse des camps de concentration et d’extermination.

Pierre Martin, Président de l'ANACR
Pierre Martin, Président de l’ANACR

Cette victoire sur le fascisme avait été celle des armées alliées, anglaise, américaine, soviétique, française, canadienne, polonaise, yougoslave, belge, chinoise… Elle fut aussi la victoire des peuples qui s’étaient dressés contre l’oppression et la barbarie, prenant – dans les dures conditions de l’Occupation – les armes pour libérer leurs pays et y restaurer la liberté. Ce furent les partisans, les maquisards, les Résistants.

Ce fut le cas en France, particulièrement dans cette région du sud-ouest de notre pays où, du début 1943 à l’été 1944, s’étaient implantés, multipliés et développés les maquis, du Limousin aux contreforts des Pyrénées, le long de la vallée de la Garonne, sur la bordure occidentale du Massif central. Dans les villes même, des groupes de combat, intégrant eux aussi souvent des immigrés Espagnols, Italiens, Polonais juifs ou non, avaient porté des coups sévères à l’armée d’Occupation, aux miliciens pétainistes qui menaient à ses côtés la répression contre les patriotes.

Lors de l’insurrection nationale qui suivit le débarquement allié du 6 juin 1944 sur les côtes normandes, ces patriotes, ces maquisards, ces Résistants libérèrent par eux-mêmes la Région, forçant les nazis et leurs supplétifs à une retraite prenant des allures de fuite, hélas ponctuée sur son trajet par des crimes qu’illustrent tragiquement les noms de Tulle, d’Oradour-sur-Glane.

La Libération acquise à l’automne 1944 et la guerre se poursuivant, il fallut commencer à panser les plaies, et elles étaient nombreuses, physiques et morales.

Le Centre Delestraint-Fabien : ses origines…..

C’est dans ce contexte que des Résistants de la Région toulousaine, anciens des Brigades internationales, de la 37ème Brigade (Marcel Langer) de la Main-d’Œuvre Immigrée, la M.O.I., regroupés dans la section locale de l’amicale des Anciens Francs-Tireurs et Partisans Français, les FTPF – citons les noms de «Charles» Sevek MICHALAK, d’Enzo «Robert» LORENZI et Stefan BARSONY -se mirent à la recherche dans la Région d’un lieu pour y accueillir leurs camarades blessés, épuisés, sortis des prisons et que rejoindront au printemps 1945 ceux revenant des camps, afin de leur permettre de soigner leurs blessures, restaurer leur santé et surmonter leurs traumatismes.

Ce lieu, ils le trouvèrent ici, à Penne-d’Agenais, dans le Domaine de Ferrié un temps utilisé par l’armée d’Occupation.

Pensant que la réquisition alors prononcée ne serait pas durable, ils prirent contact avec le propriétaire, un industriel de Villeneuve-sur-Lot qui d’ailleurs délaissait le château, et obtinrent qu’il leur vende le domaine à prix modéré ; ce qui fut fait par acte notarié le 20 novembre 1944.

70eme anniv centre delestraint fabien 1

Et c’est quelques mois plus tard que fut inaugurée, le 25 mai 1945, la «Maison» – c’est sa première appellation – qui recevra des anciens Résistants ayant besoin de recouvrer pleinement la santé.

L’année 1947 sera une étape importante car seront différenciées cette année-là la S.A.R.L. du «Domaine de Ferrié», propriétaire des terrains et constructions, gestion de la «Maison de repos et de convalescence des Anciens Francs-Tireurs», Marcelle LARTHEAU étant cependant tout à la fois gérante de la S.A.R.L., dans laquelle sont entrés des représentants de l’Association des Anciens FTPF, et directrice de la «Maison de repos».

En 1954, l’Association des Anciens FTPF, s’ouvrant aux Résistantes et Résistants de toutes formes de luttes et de tous mouvements, se transforma en «Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance», I’ANACR, qui, devenue en 2006 «Association Nationale des Anciens Combattants et Ami(e)s de la Résistance», perpétue jusqu’à aujourd’hui les valeurs patriotiques, démocratiques, humanistes et de solidarité de la Résistance.

Elle regroupe encore de nos jours dans ses rangs plus de 3 000 anciennes Résistantes et anciens Résistants ayant à leur côté près de 9 000 Ami(e)s de la Résistance.

1954: c’est l’année où, en plaçant à la tête de la «Maison de repos» l’un de ses dirigeants, membre de son Bureau National, Gilbert PALTRIÉ, alors secrétaire de son Comité départemental des Basses-Pyrénées, aujourd’hui «Atlantiques», l’ANACR marqua d’emblée à sa naissance sa volonté de poursuivre l’œuvre de l’Association des anciens FTPF et de pérenniser son engagement à Penne-d’Agenais. Un engagement qui depuis plus de 60 ans ne s’est jamais démenti.

Nombreux furent, tout au long de ces années, les dirigeants nationaux de l’ANACR qui apportèrent leur concours à l’établissement dont nous célébrons ce jour le 70ème anniversaire de son inauguration.

A sa direction, tels Robert COURTOIS et André HUSER, dans son Conseil de gestion et à la direction de l’Association amie-sœur de l’ANACR gérante du Domaine de Ferrié, qui succéda en 1972 à la S.A.R.L. transformée en S.C.I. fin 1956, tels les présidents de l’ANACR, Pierre VILLON et Jacques DEBU-BRIDEL, anciens membres du Conseil National de la Résistance, Robert CHAMBEIRON, ancien secrétaire général et la adjoint du CNR, Louis CORTOT, Compagnon de la Libération, ses vice-présidents Maître DELMAS, l’Abbé GLASBERG et Jean BARRES, ses secrétaires généraux, Charles FOURNIER-BOCQUET, Robert VOLLET et de manière contemporaine Jacques VARIN, des membres de son Bureau National tels Fernand VIGNE, Jean MIROUZE, dernier survivant du Comité départemental de la Libération du Lot-et-Garonne, René ROUSSEL, Lucien BEAU et Paul LIMOUZI, aujourd’hui président de l’Association du Domaine de Ferrié dont le Centre est locataire depuis 1949.

Et – je ne peux évidemment le faire, ce que je regrette – il faudrait citer tous les membres de l’ANACR, en premier lieu de I’ANACR-47 et des départements limitrophes voire de plus loin, qui apportèrent de diverses manières leur concours à la vie du Centre.

Qu’il me soit cependant permis d’évoquer les noms de Mademoiselle BONNET, de René FILHOL, de Jean LASSERRE, de Willy ROBINSON, ceux de Luis CASARÉS et Michel FAUX.

Dans mes propos, j’ai substitué depuis quelques moments l’appellation «Centre» à celle de «Maison» qui fut l’appellation initiale : c’est en 1955 que, pour honorer deux Résistants symbolisant l’union dans l’ANACR de deux grands courants de la Résistance, leurs noms furent donnés à l’établissement.

Celui du général Charles DELESTRAINT, chef de l’Armée Secrète, assassiné au camp de Dachau le 19 avril 1945, et celui du Colonel FABIEN – Pierre Georges – qui initia le premier l’action armée contre l’occupant nazi en abattant le 21 août 1941 un officier allemand à Paris, et qui, combattant et dirigeant des FTPF, tomba à Habsheim en Alsace le 27 décembre1944 dans les rangs de la 1ère Armée française reconstituée. L’on parlera désormais du «Centre Delestraint-Fabien».

…. et ses mutations

Ces soixante années ne furent pas toujours un long fleuve tranquille, et ne pouvaient l’être: il fallut surmonter des problèmes afférents aux nécessaires mutations.

Celle des locaux non conçus à l’origine pour un établissement de santé, celle de la population reçue au Centre alors que s’éloignait la période de la Résistance, celle des pratiques médicales et réglementations sanitaires, modernisées et complexifiées.

Des mutations qui évidemment prirent du temps, furent parfois difficiles à mettre en œuvre mais qui le furent.

Ainsi, des travaux de rénovation furent entrepris de 1972 à 1976, ils améliorèrent l’existant mais ne pouvaient répondre aux besoins générés par la transformation de la nature du Centre: la population des Anciens Résistants membres de l’ANACR fréquentant le Centre ne pouvant que diminuer du fait d’inévitables disparitions, la décision fut prise en 1976 par I’ANACR de l’ouvrir, sur la base d’un conventionnement avec la Sécurité Sociale «Participant au Service Public d’Hospitalisation» (PSPH), à tous les assurés sociaux, membres ou non de l’ANACR, et de donner au Centre une fonction de soins de suite et de réadaptation.

Ce qui nécessitait d’aller plus loin dans une adaptation des locaux, ce qui apparut difficile et même impossible à réaliser dans le Château historique.

Cela conduisit la direction de l’ANACR à prendre la décision de l’édification d’un nouveau Centre attenant au Château, lequel fut affecté à des locaux techniques.

Il fallut évidemment du temps pour que les autorisations de travaux soient obtenues, les études techniques réalisées, les choix architecturaux faits et – dernier point mais non le moindre – les financements nécessaires rassemblés.

L’aboutissement du projet doit beaucoup à l’un des Présidents d’alors de l’ANACR, Robert CHAMBEIRON.

L’ANACR apporta un million de francs recueillis par souscription auprès de ses adhérents, les Pouvoirs publics et l’administration de la Santé accordèrent des subventions et des garanties d’emprunts, des structures amies telles les Mutuelles MACIF, de l’EDF et de la FNACA, dont je salue la présence ici de représentants, apportèrent leur concours.

L’inauguration des nouveaux locaux, modernes, conçus pour leur fonction et dotés d’équipements neufs, qui sont ceux que nous connaissons aujourd’hui, eut lieu le 28 mai 1998, sous la Présidence de Monsieur Nicolas JACQUET, Préfet du Lot-et-Garonne, en présence de Monsieur le Sous-préfet de Villeneuve-sur-Lot, du Directeur de la DDASS, d’élus départementaux et locaux, de dirigeants nationaux et locaux de l’ANACR, de représentants du monde Combattant.

La troisième nécessaire mutation que j’ai évoquée précédemment, la prise en compte de pratiques médicales et réglementations sanitaires modernisées et complexifiées, impliqua – de manière concomitante à la rénovation du Centre – une professionnalisation croissante, qui notamment se traduisit à la direction de son activité par le remplacement de dirigeants nationaux de I’ANACR par des Directeurs – et Directrices – exclusivement voués à cette fonction.

Et je salue la présence ici d’Anne-Marie VICTOR, directrice du Centre lors de sa rénovation de 1998, qui resta à sa tête jusqu’à son départ en retraite et qui n’a cessé jusqu’à maintenant de lui apporter bénévolement le concours de son expérience.

De même que je salue celle de Julien MOURIER, qui, diplômé en matière de gestion d’établissement de santé, succéda en février 2005 à Daniel SAMUEL, et dont l’action fut décisive dans la bonne marche de l’établissement et pour son rayonnement dans son territoire de santé.

Le regret que nous eûmes de son départ en avril 2011 vers d’autre deux, conséquence heureuse pour lui de doux liens noués loin du Centre, a été atténué par l’arrivée de Madame Hélène MALECHA, elle aussi diplômée en gestion d’établissement de santé, et dont l’investissement personnel, le professionnalisme et l’action résolue ont hissé le Centre au premier rang.

A tous trois je veux dire, au nom de la Direction de l’ANACR, merci ; comme je tiens à le dire aussi au personnel du Centre, dont la compétence l’engagement et le dévouement auprès des patients sont irremplaçables pour leur assurer une qualité de soins et une qualité de vie dans l’établissement, ce qu’a acte l’appréciation élogieuse portée lors de leur dernière visite par les visiteurs-enquêteurs de la Haute autorité de Santé.

Mais toujours fidèle à ses idéaux

Mesdames, Messieurs,

Le Centre de soins de suite et de réadaptation Delestraint-Fabien est un établissement à but non lucratif, c’est-à-dire que l’ANACR, propriétaire du Centre et qui en contrôle la gestion, n’en tire strictement aucun bénéfice financier, direct ou indirect.

Notre satisfaction, c’est celle d’être restés fidèles depuis 70 ans et jusqu’à aujourd’hui aux Résistantes et au Résistants qui le créèrent fin 1944-début 1945, de rester fidèles au Programme du Conseil National de la Résistance, publié dans la clandestinité le 15 mars 1944 et prévoyant la mise en place à la Libération d’un plan complet de Sécurité sociale, cette Sécurité sociale créée sous les auspices du ministre Ambroise CROIZAT par les Ordonnances du 30 décembre 1944 et des 4 et 9 décembre 1945, et à laquelle nous sommes attachés, car elle permet à tous d’accéder à des soins de qualité nécessaires à leur santé, comme ceux dispensés au Centre Delestraint-Fabien.

Une fidélité qui sera, soyez-en sûrs, la nôtre demain comme elle le fut hier, comme elle l’est aujourd’hui.

L’ANACR est fière du Centre Delestraint-Fabien, «le plus beau Centre de soins de suite et de réadaptation du Lot-et-Garonne», l’expression n’est pas de moi mais du Préfet JACQUET lors de l’inauguration de ses nouveaux locaux en 1998.

Et je suis fier de représenter la Présidence de l’ANACR à cette cérémonie anniversaire, à laquelle le Président Louis CORTOT n’a pu à son très grand regret être présent.

Merci Monsieur le Sous-préfet, merci Madame la Directrice, merci à tous d’avoir eu la patience de m’écouter. »

 

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